Technique multitesting, planification

Technique multitesting, planification

L’indispensable consolidation mnésique pour une rétention solide à terme s’opère suivant des reprises qu’il est conseillé d’expanser dans le temps. Par ailleurs le test est une forme d’apprentissage et non seulement une opération de contrôle. Comment concilier cette stratégie fondamentale pour limiter la difficulté scolaire, avec la pression du temps et des programmes ?

Qu’est-ce que le multi testing ?

  • C’est une interrogation-test partielle ou totale répétée dans le temps, sur un même ensemble de données. Si le test est une technique traditionnellement utilisée pour vérifier si des connaissances sont acquises, en sciences cognitives il est également une puissante méthode de mémorisation.
  • Le multi testing n’est pas la solution miracle à la mémorisation à terme, mais il permet de l’améliorer nettement, et apporte ainsi une parade incontestable à l’oubli massif dont souffrent les élèves.

 

Rappel d’éléments fondamentaux sur la consolidation expansée

  1. La compréhension de situations nouvelles et de plus en plus complexes, et la communication grâce à un usage précis du langage sont deux axes-phares de l’activité scolaire. Leur faiblesse est à la source de difficultés scolaires qui ne font généralement que s’accroître.
  2. Elles s’optimisent grâce à la connaissance d’éléments de savoirs qui exigent d’être toujours plus nombreux et plus précis : définitions, significations de concepts, propriétés, éléments de méthodes, repères.
  3. Ces éléments sont de nature sémantique, sujets à l’oubli, qu’il convient de consolider par des stratégies de reprises. Le paramètre temps doit guider le nombre et le rythme de reprises. Les apprenants ignorent généralement ce fonctionnement de base de la mémoire. Il revient à l’enseignant-formateur de les en informer.

 

Le temps consacré aux stratégies de reprises mobilise du temps pris sur les cours

La question de l’intégration d’une activité nouvelle dans la progression du cours pose de lourdes questions liées au temps disponible, dans des programmes toujours considérés comme pléthoriques. La tension est permanente entre l’obligation de boucler les programmes, et celle de mettre en œuvre un apprentissage de qualité, de laisser le minimum d’apprenants au bord du chemin.

 

Commencez par répondre aux 4 questions suivantes :

  • Première question : que souhaitez-vous en priorité ?
  1. Finir le programme au mieux (pour ne pas dire coûte que coûte) ?
  2. Permettre au maximum d’élèves d’assimiler le mieux possible un maximum d’éléments que vous considérez comme essentiels ?
  • Deuxième question : en admettant que vous acceptiez l’idée d’intégrer les reprises dans la progression de votre enseignement, seriez-vous capable d’en décrire la mise en œuvre ?
  • Troisième question : pensez-vous que les reprises concernent l’ensemble de ce que vos apprenants doivent savoir et maîtriser, sur les essentiels ?
  • Quatrième question : pensez-vous que ces techniques de reprises concernent à la fois les classes d’examen et les classes sans examen ?

Questions sur lesquelles les enseignants-formateurs avec qui nous travaillons ont apporté quelques commentaires :

  • Certes les classes à examen exigent plus que les autres d’achever l’étude complète des programmes. Y échapper serait mettre les apprenants en grave difficulté. Mettre en place une stratégie de reprises, c’est largement contribuer à les préparer à un examen le plus souvent placé en fin de trimestre, de semestre ou d’année. On les place donc dans les meilleures conditions de préparation, en leur permettant de mieux réussir. D’où la planification des reprises tout au long de l’année et ce, à l’initiative de l’enseignant-formateur.
  • Tout programme rapidement traité va engendrer des lacunes assez considérables chez les apprenants qui déclareront (et parfois en toute bonne foi) ne plus se rappeler, ou très mal des savoirs appris antérieurement. Surtout chez les plus en difficulté.
  • Les professeurs expérimentateurs avec qui nous travaillons ont quasiment tous opté vers un « moins mais mieux ». L’expertise pédagogique permettant d’alléger le traitement de certaines parties, au bénéfice d’autres considérées comme plus essentielles. Car le professeur est le seul à disposer de la perspective des exigences ultérieures.
  • Enfin les techniques de réactivation sont nombreuses. A chacun de choisir la sienne en fonction de l’âge des apprenants, de la filière et ses exigences, ce qu’il sent le plus aisé et efficace à mettre en place.

 

Comment procéder à la réactivation expansée ?

  • L’enseignant-formateur flèche les essentiels des chapitres.
  • L’enseignant-formateur met en place les outils pour la reprise : fiches de mémorisation, tests ou logiciels de tests, logiciel Anki ou SuperMémo ou autre… Ces techniques ne viendront pas des apprenants eux-mêmes.
  • Sans ces outils, la technique de multi testing devient rapidement compliquée à installer.
  • Avec un groupe, il ne pourra mettre en place que des formules collectives, donc approximatives sans pouvoir tenir compte des besoins individuels.

 

Exemples de modalités

1- Logiciels de mémorisation à parcours individualisés (ANKI, SuperMémo, …)

2- Logiciel QUIZLET pour la réactivation collective

3- Cahier de réactivation

 

Le cahier de réactivation, conçu sur le modèle des anciens cahiers de classe a pour objectif d’accompagner la mémorisation à long terme des connaissances transmises aux élèves.

Son principe est simple :

Chaque professeur de l’équipe pédagogique note sur le cahier à la fin de son cours un essentiel qu’il souhaite que les élèves retiennent. Il le fait sous la forme d’une question et d’une réponse.

Le cahier est ensuite confié à un élève qui le proposera à un autre enseignant de la classe au cours de la journée.

Cet autre enseignant commencera son cours par réactiver la connaissance apprise précédemment dans une autre matière. L’exercice peut se pratiquer d’un moment à l’autre dans la journée ou d’une semaine sur l’autre, voire même d’un mois sur l’autre car les questions et réponses de chaque matière restent consignées dans le cahier tout au long de l’année.

Les avantages de ce cahier sont multiples :

Le cahier de réactivation permet de respecter trois préconisations des sciences cognitives pour lutter contre la courbe de l’oubli : un apprentissage espacé avec des écarts de plus en plus grands, le questionnement qui évite de ne mobiliser que la mémoire de travail et la vocalisation lorsque les élèves énoncent les réponses à haute voix.

La mémorisation, exercice ingrat et solitaire, devient avec ce cahier, ludique et collective.

Le cahier permet de repérer rapidement les possibilités d’interdisciplinarité.

Seul inconvénient, certains enseignants peuvent vivre comme une contrainte d’avoir à écrire un essentiel de leur cours à la fin de l’heure.

4- Tests de début de cours portant sur des questions ayant été traitées antérieurement, en utilisant un logiciel de test, ou tout simplement le TNI.

5-Les tests « flashs » comportant des questions ou des exercices très simples, posés régulièrement, les élèves ayant été avertis au préalable.

C’est la technique des «Flash Maths» (Niveau Terminale STI2D) pratiquée par un enseignant d’un lycée de Dieppe en Terminale STI2D.

Chaque «Flash Maths» a une durée de 10 minutes (5 minutes de recherche – 5 minutes de correction).

Le rythme est hebdomadaire.

Le but est de réactiver des connaissances acquises les mois précédents…. «Lutter contre ce fameux oubli».

Les Flash Maths comportent :

  • Des définitions
  • Des exercices simples
  • Une question de réflexion portant sur un point essentiel

Il s’agit également pour les élèves décrocheurs de réacquérir un socle de connaissances afin de pouvoir l’utiliser comme support pour rattraper le retard accumulé (Quelques élèves me disaient qu’ils ne savaient pas par où commencer pour se remettre au travail).

Les élèves aiment bien ce type d’activité. Je pense qu’ils utiliseront ces «Flash Maths» au moment de réviser pour le bac.

6- Reprise des fiches de mémorisation selon un calendrier globalement construit sur une série d’écarts tels que : contrôle initial, puis écart de 3 semaines, puis 6 semaines, puis 12 semaines. Ou écart de 4 semaines puis 8 semaines puis 16 semaines. Qu’importe les écarts précis, l’idée est de reprendre deux ou trois fois de façon expansée.

 

Sans oublier que…

  • Un test de cours est bien davantage qu’une modalité de contrôle. Il est un outil de réactivation mémorielle. Efficace à condition de pouvoir donner immédiatement la solution, selon la technique reconnue du feedback proche pour lever efficacement les erreurs et malentendus, avant qu’elles ne s’ancrent davantage en mémoire.
  • Il n’est pas utile de tout revoir, mais il est important de revenir sur les essentiels.

 

Objections classiques

  • Les élèves ne voient pas l’intérêt de réapprendre ce qu’ils ont déjà appris.

Réponse : Fournissez-leur quelques exemples de l’oubli et des effets ravageurs sur les résultats et la suite de leur scolarité. Informez-le sur le fonctionnement du cerveau.

  • Certains élèves ne « décollent » pas !

Réponse : Oui, il y a toujours dans les classes des élèves qui résistent aux demandes des enseignants … Admettons-le.

  • Il est fréquent de voir que le multi-testing ne fonctionne pas très bien avec les élèves moyens ou faibles.

Réponse : Exact ! L’idéal serait d’organiser des séances de mémorisation en présentiel, car on sait bien que de nombreux élèves « ouvrent à peine leur cartable chez eux ! ». Donc séances en classe si le temps disponible le permet…

  • Cette technique signifie donc que les élèves disposent de fiches de mémorisation correctement construites avec questions et réponses clairement séparées ?

Réponse : Oui, on ne peut pas attendre des élèves qu’ils construisent des fiches d’essentiels. Le support doit leur être fourni. Sinon le professeur court le risque d’échec de la démarche. Tout doit être clairement fléché.

  • Comment cumuler les informations du programme au fil des semaines et des mois ?

Réponse : On ne repose pas obligatoirement les mêmes questions chaque fois, il peut s’agir d’un choix de quelques questions, afin de permettre l’ajout progressif des éléments de plusieurs chapitres. Une organisation planifiée est tout à fait possible.

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole