Des séquences de mémorisation en présentiel

Des séquences de mémorisation en présentiel

La mémorisation est un acte essentiel, fondateur de l’apprentissage. Or, singulièrement il ne vient à l’idée de très peu d’enseignants-formateurs d’inscrire dans la conception de leurs cours ou leurs séances de formation, des temps de mémorisation.

Illustrons cette idée par l’étude que nous avons conduite sur 2 collèges favorisés de la région francilienne, 3 disciplines et 6 enseignants. Il s’agissait de tester les effets du réapprentissage à partir de fiches de mémorisation : les élèves devaient réapprendre à plusieurs reprises chez eux les essentiels de cours avec la technique de la mémorisation active.

L’étude n’a pas permis de conclure aux bienfaits attendus. Pourquoi ?

. Parce que les élèves ne savaient pas mémoriser et les consignes fournies par les enseignants n’étaient pas assez claires sur les meilleures techniques.

. Mais surtout parce que nombre d’élèves ne faisaient pas le travail de mémorisation à la maison !

Pourquoi le présentiel permet-il de présenter, d’expliquer, d’illustrer, de relier et analyser, parfois de produire. Et quasiment jamais de mémoriser, qui est reporté hors du lieu de formation. Singulière omission.

Une équipe de collège d’une zone défavorisée de banlieue nous témoignait récemment qu’environ 50% des élèves ne font pratiquement aucun travail à la maison… Amorce sévère de la rupture et du décrochage.

Certains argumenteront que le temps imparti pour traiter les programmes ne permet pas d’accorder à la mémorisation le temps nécessaire. Certes, ils n’ont pas tort. Mais pourquoi ne pas oser consacrer des temps, même brefs pour mémoriser et apprendre à mémoriser ?

Une piste majeure s’ouvre là.

 

Rappel des principes de base de la mémorisation

Essentiels à connaître pour l’acquisition des éléments indispensables à la compréhension, la communication orale et écrite, la rigueur des savoirs, le traitement des tâches.

Il est capital et urgent d’intégrer des pratiques adaptées au fonctionnement naturel du cerveau:

  • Plusieurs reprises indispensables, expansées temporellement, des éléments sémantiques essentiels
  • Les éléments sémantiques sont rarement acquis définitivement.
  • Individualisation souhaitable des parcours de mémorisation afin de gagner un temps précieux pour chacun
  • Mémorisation active consistant à s’interroger et non à lire
  • Feedback proche entre la question et la réponse
  • Vocalisation, si possible.
  • Focalisation sur les essentiels, mise en priorité de ce qui est fondamental à retenir.

Rappelons que les apprenants entrent d’autant plus volontiers dans des modalités différentes des pratiques traditionnelles, qu’ils en connaissent les raisons. Avec un peu de métacognition, ils deviennent très majoritairement complices et demandeurs de vos méthodes.

 

Pratiquer des temps de mémorisation en cours

Pourquoi ?

  1. Les éléments « essentiels » d’un cours s’estompent très rapidement en mémoire de travail, et ne sont pas installés en mémoire à long terme : données sémantiques, éléments de méthodes, articulations de raisonnements, clés de compréhension. N’oublions jamais que l’opération de compréhension, bien qu’intimement liée à la mémorisation, relève de stratégies différentes.
  2. Un premier ancrage mnésique est essentiel pour amorcer la rétention à terme. L’idéal est de bien comprendre les éléments que l’on souhaite transmettre, en commençant à les synthétiser, les traiter, les illustrer, ce qui est souvent fait par les enseignants-formateurs. C’est l’apprentissage initial, amorce de la mémorisation, mais amorce seulement.
  3. Mobiliser la mémoire à l’intérieur du cours, c’est également accroître le contrôle de la pensée, donc développer l’indispensable attention des élèves qui est, rappelons-le, le 1er critère de la réussite scolaire.
  4. Les activités de mémorisation en cours représentent une belle opportunité pour les élèves, d’apprendre à apprendre, de prendre de bonnes habitudes méthodologiques, de s’entraîner sur les clés d’une mémorisation efficace.

 

Comment pratiquer la mémorisation en présentiel ?

Les modalités de mémorisation en cours sont diverses. A vous de choisir ou développer celles qui vous correspondent le mieux. Par exemple :

  • Cahiers et notes mis de côté, vous posez oralement 4 ou 5 questions que vous aurez soigneusement préparées en amont. C’est la forme la plus simple, la plus rudimentaire, « en aveugle » car vous pouvez difficilement vérifier si les élèves savent ou ne savent pas répondre. Faites-le une ou deux fois durant le cours : une fois à mi-parcours de la séance, une seconde fois avant de libérer les apprenants. Eviter de quitter la séance brutalement à la fin d’une explication. Ménagez-vous ce temps de mise en exergue des essentiels, et de leur première mémorisation.
  • Après un temps de cours suffisant, vous demandez aux élèves quels sont les points qui leur paraissent les plus essentiels. Cette activité permet de mobiliser l’attention des apprenants et vérifier si les messages que vous avez voulu faire passer ont été justement compris. S’ils sont familiers de ce rituel, ils deviendront progressivement plus attentifs.
  • Utiliser un logiciel collectif de test par la voie numérique. C’est ludique, efficace, souvent individualisé. Nous vous en recommandons 4 :
    • SOCRATIVE
    • KAHOOT
    • PLICKERS
    • ANKI
  • Introduire une ou plusieurs questions inattendues portant sur un essentiel étudié dans les jours ou semaines précédents. C’est le principe de la réactivation.
  • Les groupes d’interrogation réciproque : Comme le pratiquent les étudiants à l’approche d’une épreuve, les apprenants, munis de fiches de questions/réponses, s’interrogent par 2 oralement. Le mérite en est la verbalisation qui améliore nettement la mémoire, l’exigence, la clarification, le travail collaboratif. L’activité peut être efficacement pratiquée en séances d’AP.
  • Si le professeur pratique les encarts de mémorisation, c’est un formidable gain de temps et d’efficacité, l’outil est « prêt à l’emploi ». Les élèves s’interrogent et se réinterrogent oralement jusqu’à pouvoir répondre à toutes les questions. Le professeur peut imaginer un système de défis-challenges donnant à cette séquence un caractère ludique que les élèves généralement adorent.
  • Témoignage d’une classe « Mémento » de la région parisienne : Le « sac à souvenirs » (Collège Saint Exupéry d’Ermont (95)). Il contient des cartes  de questions/réponses (recto/verso) reprenant les connaissances présentées dans les fiches de mémorisation, et préparées par les enseignants. Il s’appuie sur le principe de la réactivation répétée dans le temps, nécessaire à la consolidation des connaissances à long terme. Cela permet de lutter contre l’oubli. Pour se repérer, des gommettes de couleurs sont mises sur chaque carte et changent chaque semaine. Au début de chaque cours, les élèves sont interrogés sur deux ou trois cartes tirées au sort par le professeur et écrivent leurs réponses sur leurs ardoises (des tests sont pratiqués avec la technique Plickers). Cette étape ne doit pas excéder cinq minutes. L’enseignant pose rarement des questions de sa discipline, puisque les cartes de toutes les disciplines sont mélangées. Le sac à souvenirs est devenu un véritable rituel de la classe : les élèves le réclament !
  • Le cahier de réactivation, niveau lycée. Basé sur le même principe que précédemment, mais plus élaboré. Sur un grand cahier commun à la classe, chaque professeur note deux ou trois questions portant sur des essentiels avec les réponses et la date. A chaque début de cours le professeur tire au hasard quelques questions parmi le stock du cahier, en respectant une chronologie de rappel (voir description détaillée sur le site). Cette pratique collective devient également un rituel apprécié des élèves.

 

Mais à vous d’imaginer des modalités et des outils permettant de mémoriser des essentiels en présentiel.
 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole