Qu’est-ce que l’oubli ?

Qu’est-ce que l’oubli ?

 

  • L’oubli est un processus naturel et continu, prévu par la nature pour nous protéger contre l’incidence d’un nombre considérable d’informations, pas toujours indispensables (ni agréables).
  • Il oppose une résistance à l’objectif de l’enseignant qui cherche à maintenir dans le cerveau des apprenants les éléments de l’apprentissage.
  • Celui-ci devra mettre en place des stratégies pour surmonter l’oubli.
  • Plusieurs phénomènes se cachent derrière la notion commune d’oubli : la difficulté de rappel, l’insuffisante consolidation des traces initiales. Quelle qu’en soit l’origine, pour l’apprenant, la difficulté est réelle et doit être surmontée, des stratégies s’imposent.

 

Développement

L’oubli est un phénomène naturel et continu

Il est devenu courant et juste de dire que l’oubli et la rétention sont les deux volets concurrentiels d’un même fonctionnement des mémoires.

L’oubli n’est ni une pathologie ni une paresse. C’est un processus que la nature a prévu pour nous protéger du nombre considérable d’informations inutiles qui nous bombardent tout au long du jour, mais également contre la persistance nuisible de toutes les petites et grandes misères de la vie qui ainsi, s’estompent de jour en jour. Remercions l’oubli d’être à nos côtés et les bataillons de protéines et mécanismes dédiés, dont c’est le travail d’éliminer continûment ces informations.

Chez les souris, on a pu aggraver la difficulté à former de nouveaux souvenirs, par injection de protéines phosphatases qui bloquent l’action des molécules de la mémorisation. Inversement, des études pharmacologiques sont en cours visant à inhiber l’action de ces protéines pour juguler l’oubli.

L’oubli est bien un phénomène biologique qui donne lieu à un nombre important de recherches.

Quelques paramètres de l’oubli sont à l’étude sur le terrain de la recherche :

  • Assurément le sommeil joue un rôle fondamental dans la consolidation des informations.
  • Il est probable que les mécanismes de l’oubli s’accroissent avec l’âge.
  • Il semble que le processus de l’oubli soit moins efficace lorsque l’apprentissage est espacé.

Notre travail de pédagogue se situe dans le camp de la rétention qui surmonte l’oubli.

Attention, il peut y avoir confusion entre l’oubli qui est l’effacement d’une information antérieurement acquise, la difficulté de rappel d’une information encore en mémoire mais difficile à faire émerger, et la faiblesse de la trace non encore consolidée qui entraîne de grandes difficultés à récupérer l’information.

In fine dans tous ces cas, l’apprenant se trouve en difficulté : il a capté et appris une information qu’il ne parvient plus, ou avec difficulté à récupérer.

 

Des stratégies de consolidation qui luttent à contre-courant de l’oubli

L’enseignant, dans sa mission de permettre aux élèves d’intégrer durablement des connaissances et des savoir-faire dans les mémoires et de pouvoir les mobiliser aussi instantanément que possible, œuvre à contre-courant de la nature. Pour gagner efficacement le combat contre l’oubli et la difficulté de rappel, il devra mettre en place des stratégies de consolidation mnésique pertinentes, dont il doit connaître les règles :

  • Reprises,
  • Espacement dans le temps de ces reprises,
  • Rôle des intervalles entre les reprises,
  • Techniques de mémorisation active,
  • Importance des liens et associations,
  • Rôle de la vocalisation lors de l’apprentissage,
  • Technique du feedback proche.

Si certains faits que nous vivons au quotidien sont retenus à notre insu – par exemple ceux associés à une forte émotion – en revanche la mémorisation scolaire et volontaire relève de stratégies. On exige de l’élève qu’il retienne un nombre considérable d’informations, immensément plus que pour un adulte. Le combat contre l’oubli est loin d’être gagné ! Des solutions existent, connues.

 

Quelques exemples scolaires qui illustrent la rapide perte mnésique

Ces exemples proviennent soit d’études d’Alain Lieury, chercheur en psychologie cognitive de l’Université de Rennes II, soit de notre équipe.

  1. Des lycéens à qui on présente une quinzaine de mots au rythme de 1 par seconde, sont capables d’en rappeler en moyenne 7 immédiatement. Ce qui est conforme à la règle communément admise d’un nombre limité d’éléments que tout individu est capable de retenir immédiatement et simultanément (empan mnésique).

Mais si on distrait les lycéens durant 2 minutes après la présentation, par une tâche qui mobilise fortement l’esprit, ils ne sont plus capables d’en rappeler que 4,5 en moyenne. Soit 35% d’oubli en 2 minutes. Que serait-ce après 2 heures, 2 jours, 2 semaines ?

  1. 7 notions de géographie sont apprises lors d’une séance d’accompagnement personnalisé en 1ère Au cours de la séance, les élèves doivent s’y reprendre de 3 à 6 fois (selon les élèves) pour connaître les 7 notions. Trois semaines après et sans retour sur ces notions, ils ne peuvent rappeler correctement que 2 notions en moyenne. Ils réapprennent les 7 notions durant la nouvelle séquence. A nouveau trois semaines après, ils peuvent en rappeler correctement 5. C’est mieux que 2, c’est moins que 7 !
  2. Une expérience similaire a été conduite avec des élèves de 5ème, sur 12 notions ponctuelles de géographie. Les élèves apprennent ces notions au cours d’une première séquence, ils ont l’impression de les savoir. 24h seulement après, la chute mnésique est de 60%.
  3. Une étude massive conduite sur tous les niveaux d’un collège, sur les mots-concepts des programmes étudié pendant l’année a montré qu’environ un mot ou concept sur 2 est reconnu correctement (ce qui est déjà considérable) au terme de l’année scolaire, un sur 4 environ donne lieu à une confusion ou une erreur, et un sur 4 environ n’est pas reconnu du tout.
  4. Les élèves d’une classe de 6ème apprennent 25 définitions relatives aux activités sportives. Après 8 semaines, et en moyenne sur la classe, l’oubli avait touché 74% des items préalablement correctement sus, les 10 meilleurs élèves n’étant pas été épargnés avec un taux moyen d’oubli de 64%.

Si l’oubli est terriblement opérant, en creux la rétention à terme est un processus lent, soumis à l’effort et soutenu par des techniques dont on connaît maintenant assez bien les meilleures conditions de mises en œuvre. Ce sera l’objet de la section sur la consolidation mnésique.

 

Difficultés de captation et de rappel

Oublier peut être dû à une captation insuffisante de l’information incidente.

  • Dans le cas le plus extrême, en raison de la brièveté du temps d’incidence de l’information par les sens (inférieur à une durée de l’ordre de 40 ms), la montée en conscience du message n’a pas le temps de s’effectuer. Il est maintenu en niveau inconscient et peut disparaître. A fortiori s’il est « écrasé » entre deux autres informations, l’une en amont, l’autre en aval. Se produit alors un effet de masque, qui donne lieu à des captations subliminales.
  • Des effets d’interférences peuvent également jouer. Au moment où l’esprit perçoit l’information, il peut encore être mobilisé par les informations parvenues juste avant en amont. Ce phénomène peut également intervenir en aval, l’attention sur l’instant présent altérant la perception sur l’information parvenant immédiatement après.
  • L’arrivée « basse qualité » du message peut être due à une attention insuffisante au moment de la perception. L’attention n’est jamais continue, d’autre part, sujette à des « aveuglements », des « clignotements », des distractions et intrusion de pensées divergentes. Qui peut se prévaloir de ne pas être à la merci de distracteurs? Une section du site consacrée aux phénomènes attentionnels fournit davantage de détails.

Insuffisance de la consolidation mnésique

  • La trace mnésique initiale est toujours insuffisamment consolidée. Rappelons que pour être retenue, une information exige d’être reprise plusieurs fois, de façon étalée dans le temps avec des traitements divers. Cette consolidation correspond à des mécanismes biologiques de myélinisation des axones qui transportent l’information dans les neurones, de développement des synapses en terminaison des neurones et qui assurent le passage de l’information d’un neurone à l’autre, et de la multiplication des liens entre les neurones par les arborescences dendritiques. Se reporter à la section du site sur les mécanismes biologiques.
  • Des liens insuffisants entre les notions sont un facteur aggravant pour l’oubli. A-t-on associé à la nouvelle information d’autres connaissances de tous ordres sur lesquelles s’appuyer (images, astuces mnémotechniques, liens de sens, situations d’application, comparaisons, exemples, etc.). Ce sont les personnes qui savent le plus qui engrangent le plus et se rappellent le mieux. Le travail sur les cartes heuristiques est efficace pour la rétention par les liens associatifs.
  • La fréquence des réactivations trop faible: une information trop rarement rappelée est plus difficile à rappeler. D’où les stratégies de rappels optimisés grâce à des fiches de mémorisation ou des logiciels de réactivation.