Pédagogie sciences cognitives réussie à l’armée de terre

Pédagogie sciences cognitives réussie à l’armée de terre

 

« Tous pareils et pourtant si singuliers … » une expérimentation autour de la différenciation en formation pour adultes.

 

L’Ecole des Transmission de l’Armée de Terre introduit des éléments de sciences cognitives dans ses formations :

  • Création d’un horizon de sens
  • Travail sur la motivation
  • Outils numériques
  • Pédagogie inversée
  • Stratégies de mémorisation
  • Bi-modalité de présentation
  • Différenciation pédagogique

Contexte de l’expérimentation

Ecole des Transmissions de l’Armée de Terre, Rennes.

Lieu : Ecole des Transmissions du Ministère de la Défense,

Public : Sous-officiers

Cours : Analyse et conception des systèmes d’information.

Relation avec l’Education nationale : L’établissement, dans ses conditions d’enseignement est très proche d’un EPLE.

Auteur : Mickaël Desnos, Formateur, membre de notre équipe.

Type de la classe d’expérimentation : Hétérogène :

  • 6 néophytes ;
  • 5 élèves formés 6 années auparavant sans expérience professionnelle
  • 5 apprenants sur emploi en lien avec la matière ;
  • 8 élèves possédant connaissances et expérience solide.

 

Objectif de la pratique de différenciation pédagogique

Définition de la différenciation : prise en compte des besoins et rythmes individuels (et non des profils cognitifs). Les modalités générales d’apprentissage sont universelles[1], mais nos acquis et expériences sont différents. Nous avons en partie réussi le challenge de différencier.

Les apprenants travaillent dans leur zone proximale de développement[2] à un niveau d’effort suffisant pour qu’il y ait apprentissage et motivation.

Précepte de base : mettre l’élève au cœur de l’apprentissage et faire de l’enseignant un facilitateur, un accompagnateur. Pour cela nous utilisons des outils numériques pour différencier les supports et les contenus. Ce qui rejoint quelques points clés des sciences cognitives.

 

Description de la pratique 

Première étape : L’évaluation diagnostique :

Elle mesure le niveau de connaissance préalable de chaque élève par rapport aux objectifs à atteindre. Elle permet de composer les groupes pour le travail différencié.

  • Explication orale des attendus, dédramatisation du test. Importance de l’implication.
  • Questions sur le parcours professionnel et la personnalité afin qu’il n’y ait personne en situation de copie blanche.
  • L’évaluation peut être réalisée au moyen d’un outil comme Google Forms ou TypeForm.
  • Questions ouvertes ou d’analyse de diagrammes, pas de quiz (rappels libres privilégiés).
  • Correction et notes non communiquées aux élèves.

 

Deuxième étape : On pose l’horizon : découverte collective du cours par un exercice (50 min)

Cas pratique collectif réalisé en commun au tableau. Les apprenants décrivent à l’oral un exemple de leur quotidien et le formateur le modélise dans le langage à étudier. Découverte des points clés du cours par l’exemple.

On rend concret les concepts abstraits du cours par un exemple qui parle à tous. Il y a engagement actif et lien avec leurs connaissances et leur expérience. Le choix de l’exemple est essentiel, significatif pour le plus grand nombre.

Les élèves ne prennent pas de notes durant la modélisation de l’exemple. Ils sont en situation d’écoute. Afin de ménager leur attention l’exercice est entrecoupé de pauses (prise notes, ou libre).

Réflexion collective dont le but est de lister les objectifs pédagogiques. Le formateur les énonce clairement et fait la transition avec l’étape suivante.

 

Troisième étape : Le travail inversé

Pour s’imprégner du chapitre, les élèves produisent sous la forme de leur choix (PowerPoint, carte heuristique, Prezi, Powtoon…) une présentation des points clés. Les ressources utiles sont fournies.

Il y a mémorisation par ancrage initial massé. Les élèves étudieront ensuite les nouveaux concepts sous plusieurs formes :

  • Objectifs pédagogiques: prise de connaissance des points clés à comprendre et à mémoriser ;
  • Vidéo du cours: présentation des objectifs pédagogiques, explication détaillée, synthèse et conclusion ;
  • Document des commentaires du cours: commentaires de la vidéo ;
  • Support de cours: précisions complémentaires sur les points clés ;
  • Aides pédagogiques: pour les outils numériques (vidéos, PowerPoint animé). Voir : https://www.youtube.com/watch?v=UOfHHr7d8yk) ;
  • Quiz sur les objectifs pédagogiques : auto-évaluation du niveau de connaissance du cours et retour immédiat sur les erreurs.

Contribution personnelle des élèves, qui reprend aussi les objectifs pédagogiques. Il y a engagement actif qui impose de s’approprier le contenu du cours.

Les vidéos de cours enfin ont été conçues en respectant la bimodalité (cohérence de l’image et du commentaire, telle que préconisée par les sciences cognitives).

Quelques élèves présentent leur travail aux autres en jouant le rôle du formateur. Ces présentations orales sont le moyen de vérifier que tous les concepts du cours ont été compris.

Le travail de mémorisation durant la séance :

  • Juste après la restitution du travail inversé, le formateur suit l’avancée de chacun ;
  • À chaque début de cours: reprise des points clés des séances précédentes avec un TICE : Plickers, Socrative … Ces outils désacralisent l’acte de « contrôle » instaurent un climat de saine émulation et de bonne humeur en classe.
  • À la fin du chapitre: reprise des points clés de la séance.

Des outils numériques (TICE) sont utilisés pour la répétition active et espacée afin de le rendre ludique. Il importe de dédramatiser l’erreur, et mieux encore, de révéler toute son importance dans l’acte d’apprendre. Stanislas Dehaene : « le cerveau apprend lorsqu’il fait des erreurs. »

Le formateur peut également différencier la forme de la reprise de l’information en utilisant des jeux (Jeux de Thiagi) comme le jeu des 5 questions. Réviser et jouer n’est pas incompatible.

Le travail différencié en groupe :

  • Les élèves sont regroupés par 4 ou 5 selon leur niveau préalable. Les groupes ne sont pas figés, les individus peuvent « monter » ou « descendre ». Un référentiel d’exercices ou d’activités de niveau est fourni à chaque groupe. Les élèves ont le choix des exercices.
  • Pour les groupes dits « plus faibles », le travail est individuel, le groupe leur permet de s’interroger et de s’entraider.
  • Plus le groupe est dit « fort », plus de travail de groupe, à minima par binôme, est incité, notamment pour les travaux de recherche. Certains peuvent accompagner leurs camarades.
  • Les élèves travaillent en autonomie. Les corrections sont fournies sous forme de vidéo. Ils se corrigent sans attendre le passage du formateur, qui accompagne l’ensemble.

Une attention particulière est portée au climat de classe. Un environnement positif est privilégié, les élèves sont constamment encouragés quelques soient leurs résultats (appui les quiz et les travaux inversés pour démontrer la progression de chacun des élèves). Il s’agit d’entretenir la motivation et par conséquent l’implication.

Le contrôle du travail différencié

Tout au long du cours, par des questionnaires numériques (outils de vote) permettant un auto-positionnement. Des questions sur des objectifs pédagogiques de chapitres antérieurs sont ajoutées, pour l’intégration en mémoire à long terme.

A la fin de la dernière séance consacrée au chapitre, un questionnaire sur les points clés via l’outil de vote Kahoot est proposé. Cet outil basé sur la gamification permet de reprendre l’information à mémoriser dans un environnement de jeu vidéo et génère une franche émulation entre les apprenants.

 

Quatrième étape : Le contrôle de connaissances

Les élèves sont testés sur les exercices des points clés du cours :

  • En restant dans le cadre strict du référentiel des objectifs pédagogiques à atteindre ;
  • En avertissant du contenu final du test, afin qu’il n’y ait pas de Pas de déstabilisation mais contrôle de l’assimilation.

L’évaluation finale :

A la fin de la formation, seconde évaluation diagnostique sur toutes les informations étudiées afin d’évaluer leur progression. Correction collective en salle.

Les deux notes obtenues (en début et en fin de parcours) sont communiquées.

 

Cinquième étape : L’évaluation à chaud de la formation

Les élèves évaluent le cours :

– Sur ce qu’ils en attendaient ;

– Sur ce qu’ils en ont reçu ;

– Sur la pédagogie utilisée ;

– Sur ce qu’ils pensent pouvoir faire des connaissances mémorisées dans leur emploi.

Cette évaluation est essentielle. Feedback important pour le formateur.

 

Résultats : interprétation prudente

Les résultats évoqués ne sont pas scientifiquement validés, et demandent à être vérifiés par de nouvelles expériences. À la fin de l’apprentissage aucun élève ne se trouve en situation d’échec.

Parmi les 11 élèves qualifiés de débutant au début de l’apprentissage, certains parviennent à de très bons résultats. La moyenne de la classe par rapport aux années précédentes pour la matière est supérieure d’un demi-point. Cependant, cette tendance devra être confirmée car les populations précédentes n’étaient pas aussi hétérogènes. Enfin, les élèves possédant un très bon bagage initial, ont été concernés tout au long du cycle bien qu’ayant été souvent en autogestion. Ce point n’est pas anodin. En effet, les années précédentes, les élèves, les mieux armés, se lassaient de la relative lenteur du cours due à la faiblesse de certains de leurs camarades et finissaient parfois par décrocher. Un important progrès en termes de différenciation pédagogique a été accompli.

 

Conclusions générales

Points forts :

  • Tous les élèves ont atteint le niveau de compétences attendu.
  • La motivation des élèves et l’implication ne se sont jamais démenties, même si quelques-uns n’ont pas adhéré d’emblée.
  • Environnent positif de la classe: élèves enthousiastes et investis tout au long. Importance à cet égard de l’emploi des TICE. Importance de la palette d’outils pour la différenciation, la motivation et le climat. L’innovation, la surprise et la nouveauté de forme sont des facteurs essentiels dans l’engagement actif de l’élève et ses résultats.

Citons : Plickers, Socrative, Kahoot, Google Forms[3], TypeForm[4]

Pistes d’amélioration :

  • Expérimenter l’évaluation authentique en évaluant les élèves dans une situation comparable à celle qu’ils connaîtront en situation d’emploi.
  • Augmenter l’offre des ressources notamment lors des temps d’inversion afin de répondre plus efficacement au besoin spécifique des élèves : carte mentale, le schéma, Prezi, mémento.
  • Permettre le regroupement physique des stagiaires aujourd’hui restreint par la connectique des ordinateurs pour améliorer la technique des îlots.
  • Améliorer le suivi individualisé de chacun des élèves et notamment des plus expérimentés.
  • Elaborer une carte mentale des points clés pour chaque chapitre afin de faciliter l’ancrage en illustrant le lien entre les informations.

L’apport des sciences cognitives est à la base de cette stratégie d’apprentissage :

  • Travail sur l’attention grâce à des séquences d’apprentissage courtes et diversifiées ;
  • Pratique de la répétition pour consolider à long terme ;
  • Engagement actif en centrant sur l’apprenant placé en situation d’acteur ;
  • Emploi de questionnements fréquents pour correction et suivi des élèves.

Cette stratégie demande un investissement certain dans la conception des ressources, la réalisation de vidéos, mais elle peut s’organiser dans le temps. Elle impose une réflexion sur les objectifs de la formation afin de ne se consacrer qu’aux essentiels: « Moins mais mieux ! »

Le formateur doit modifier sa posture pour être un facilitateur un accompagnateur.

Webographie :

https://www.youtube.com/watch?v=lNTHxU3OXtg

[1] Exemples d’enfants ayant subi une hémisphérectomie comme Nico ou la petite Cameron.
[2] http://differenciation.org/pdf/notion_zpd.pdf
[3] Google Forms et Typeform sont des outils de sondages. Par conséquent, ils ne permettent pas à un retour d’erreur à chaque question. Ces outils sont donc à privilégier pour les évaluations diagnostiques ou à chaud de la formation.
[4] Idem que la note précédente.