Multi testing pour mémoriser à l’Ecole

Multi testing pour mémoriser à l’Ecole

 

Les mémoires sont certainement le champ des sciences cognitives relatif à l’apprentissage celui qui a été le plus étudié au cours des dernières décennies. Et sur lequel nous pouvons nous appuyer avec confiance pour bâtir des modalités pédagogiques efficaces.

Nous avons par ailleurs démontré dans une autre section du site (cf. Rubrique SE FORMER, « TOUTES LES MEMOIRES SONT MOBILISEES ») à quel point les mémoires sont au cœur de toutes les activités scolaires.

Nous avons choisi d’insister, en les explicitant ci-dessous, sur 4 conditions hautement favorisantes – car elles ont fait leurs preuves – pour une mémorisation efficace :

  • La consolidation mnésique et le multi testing
  • La mémorisation active
  • Le feedback proche
  • Le bon usage du temps

Nous présentons ici la première : Le multi testing.

 

Développement

La consolidation des acquis est certainement le paramètre le plus déterminant pour une acquisition à terme. Il fait l’objet d’une section spéciale du site (cf. Rubrique « TOUTES LES MEMOIRES SONT MOBILISEES » dans le sous-menu SE FORMER). Sans pouvoir donner de règle numérique précise sur le nombre des reprises nécessaires pour une acquisition à terme, tant les facteurs sont nombreux et complexes, on peut affirmer sans risque que la reprise est indispensable. Rappelons-en quelques règles :

  • L’apprentissage unique est un leurre, le passage de la mémoire de travail à court terme à la mémoire à long terme exige plusieurs reprises.
  • Les deux paramètres essentiels sont le nombre des reprises et leurs écarts. Ces valeurs dépendent de chaque apprenant, des conditions dans lesquelles il apprend, et de chaque item qu’il apprend.
  • On peut toutefois poser comme hypothèse vérifiée qu’il faut au moins 3 à 4 reprises pour s’assurer de la rétention à terme. Mais cette rétention n’est jamais vraiment assurée, sauf si elle a été automatisée par de nombreux entraînements. Ces reprises peuvent être expansées dans le temps, c’est-à-dire avec des écarts de plus en plus grands.
  • Il est prouvé par ailleurs qu’un premier apprentissage de qualité (appelons-le « ancrage de la trace initiale », deux ou trois fois rapprochées, avec effort et attention) entraîne une amélioration des réapprentissages suivants et une meilleure rétention à terme.

Si les élèves étaient totalement autonomes et responsables de leur apprentissage, ils utiliseraient un logiciel de réapprentissage qui optimise pour chaque apprenant le nombre des reprises et leurs écarts selon de savants algorithmes statistiquement éprouvés.

Hélas, même si nous préconisons l’arrivée de tels outils dans le monde scolaire, le pas reste immense avant que leur utilisation soit généralisée. D’ici là, l’enseignant peut mettre en place pour l’ensemble de la classe une formule plus approximative, mais qui produit d’incontestables effets, le multi testing.

 

Qu’est-ce que le multi testing ?

  • C’est une interrogation partielle ou totale répétée dans le temps, sur un même corpus de données. Le test est une technique traditionnellement utilisée pour vérifier si des connaissances sont acquises. En sciences cognitives il est également une puissante méthode de mémorisation.
  • Le multitesting n’est pas la solution miracle à la mémorisation à terme, mais il permet de l’améliorer nettement, et apporte ainsi une parade incontestable à l’oubli massif dont souffrent les élèves.

 

Quelles sont les questions fréquentes que se posent les enseignants à propos du multi testing ?

  • Sur quel type de savoirs construire le multi testing?

Essentiellement des données sémantiques, correspondant à des définitions, des sens de concepts, des éléments de méthodes, ce qui peut s’écrire en peu de mots.

  • Comment déterminer les espacements entre les tests ?

Il n’y a pas de règle stricte mais une formule approximative telle que : après une semaine, après trois semaines, après six semaines, après douze semaines, peut convenir. Un calendrier reposant sur ces écarts est tout à fait réaliste. Une précaution importante : le premier test ne doit pas être écarté de plus de 2 semaines du premier apprentissage, car l’oubli devient tellement important qu’il devient quasiment nécessaire de réapprendre comme au début… Trois semaines est déjà trop !

  • Combien de tests doit-on prévoir pour espérer que les informations soient retenues ?

De façon réaliste on ne peut pas répondre par un nombre précis. Tout dépend sur les informations ont été données en début ou en d’année. Une année scolaire est limitée dans le temps. On considère que 3 à 5 rappels est raisonnable pour une acquisition à moyen terme.

  • Comment cumuler les informations du programme au fil des semaines et des mois ?

On ne repose pas obligatoirement les mêmes questions chaque fois, il peut s’agir d’un choix de quelques questions, afin de permettre l’ajout progressif des éléments de plusieurs chapitres. Une organisation planifiée est tout à fait possible.

  • Où trouver le temps de mettre en place le multi testing ?

Perdre un peu de temps pour un test, c’est certainement en gagner beaucoup pour la compréhension et l’assimilation. Quelle est la priorité de l’enseignant ? Par ailleurs un test d’une dizaine de questions ne prend que quelques minutes.

  • Quelles conditions particulières permettent d’optimiser cette technique ?

Certainement l’explication aux élèves des vertus de l’exercice, qui les rendent complices de la réussite de cette pratique.

Leur fournir dès après le test, les réponses aux questions, selon le principe du feedback proche représente également un bénéfice certain.

 

Le premier apprentissage est le moment sensible de la création des premières traces mnésiques. Comment doit-on procéder ?

Comme il est dit dans la fiche sur la mémorisation active, il est vivement conseillé d’apprendre initialement avec plusieurs auto-interrogations successives séparées de quelques heures, ce qui est nettement plus efficace qu’une simple lecture et relecture du cours. L’effet positif à long terme est fort.

Les expériences de Gates, qui font référence en la matière, montrent qu’un groupe qui procède à plusieurs tests successifs lors du premier apprentissage retient nettement mieux une liste d’items qu’un groupe témoin qui apprend selon la méthode classique de simple visualisation. Résultat confirmé par l’écrasante majorité d’autres études.

Les remarquables études de Roediger et Karpicke montrent qu’un apprentissage construit sur 3 tests rapprochés conduit à un oubli de 10% après une semaine, alors qu’il est de 50% si l’étudiant apprend par simple lecture en une seule fois.

Remarque : au-delà de quelques répétitions (environ 3), il devient inutile de renouveler ces tests initiaux et massés, car le bénéfice à terme devient minime. La mémoire de travail finit par « tourner à vide en écho ». Il faut ensuite compléter l’apprentissage par des reprises ultérieures.

 

S’il y avait un conseil technique à donner pour que ces reprises sous forme de tests soient efficaces, ce serait lequel ?

Il y en aurait deux complémentaires :

  • Le premier, ne jamais apprendre les items en les lisant, car le cerveau enregistre artificiellement en mémoire de travail, ce qui fausse l’effet du réapprentissage. C’est le principe fondamental de la mémorisation active.
  • Le second, au moment du test, faire un réel effort de rappel, ne pas se contenter trop rapidement de conclure « je sais ou je ne sais pas ». La rétention est souvent proportionnelle à l’effort… Toute une théorie repose sur les vertus de l’effort et de la difficulté sur la rétention à terme.

 

Et que pensent les élèves de ces reprises successives ?

Bangert et Drowns ont opéré une synthèse de 35 études portant sur le multi testing. Il y figure des retours d’apprenants qui disent tous que ce procédé est positif, à condition qu’il soit bien cadré en contenu et en rythme par le professeur. Au début, les élèves voient cela comme une technique mécanique sans grand intérêt… Mais si on leur en explique le sens, et s’ils constatent un effet positif sur leurs résultats, ils adhèrent !

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole