La mémorisation en classe: un fâcheux oubli

La mémorisation en classe: un fâcheux oubli

La mémorisation est le parent pauvre des activités réalisées en classe.

Dommage ! Car la phase de mémorisation initiale massée est déterminante pour toute la suite de la rétention. L’enseignant peut :

. Ménager des pauses de mémorisation en classe, brèves mais efficaces

. Utiliser pour cela des outils numériques facile d’emploi et souvent ludiques

. Utiliser des outils plus classiques comme le cahier de réactivation ou autres techniques

. Organiser des séances d’interrogation orale durant les temps d’AP

. Penser au retour sur les prérequis en amont de nouveaux chapitres.

 

Rappel des principes de base de la mémorisation

Essentiels à connaître pour l’acquisition des éléments indispensables à la compréhension, la communication orale et écrite, la rigueur des savoirs, le traitement des tâches.

Il est capital et urgent d’intégrer des pratiques adaptées au fonctionnement naturel du cerveau:

  • Plusieurs reprises indispensables, expansées temporellement, des éléments sémantiques essentiels

Les éléments sémantiques sont rarement acquis définitivement.

  • Individualisation souhaitable des parcours de mémorisation afin de gagner un temps précieux pour chacun
  • Mémorisation active consistant à s’interroger et non à lire
  • Feedback proche entre la question et la réponse

Il est assez singulier d’observer que les activités de mémorisation, si fondamentales pour l’efficacité de l’apprentissage, ne s’effectuent jamais (trop rarement) en classe. Toutes les études que nous avons effectuées ont démontré que de très nombreux élèves – en particulier en collège, et chez les moyens et faibles – ne savent pas mémoriser, et ne pratiquent mal la mémorisation à la maison. Et ce quelle que soit la zone géographique. Là, commence à se creuser la difficulté scolaire, puis la fracture.

 

1er axe : Expliquer aux élèves comment fonctionne leur mémoire

  1. Les élèves entrent d’autant plus volontiers dans des modalités différentes des pratiques traditionnelles, qu’ils en connaîtront les raisons. Ils deviendront très majoritairement complices et demandeurs de vos méthodes.
  2. Ils se montrent généralement très intéressés de savoir comment leur cerveau fonctionne. Le sujet est fascinant et très à la mode.
  3. Contribuer à briser les fausses idées sur le cerveau, hélas immensément répandues.

Sur le site (Rubrique OUTILS) vous trouverez des petits montages visuels permettant d’expliquer ces fonctionnements aux élèves. Cette explication fait désormais partie de ce que l’élève doit savoir dans le cadre de « Apprendre à apprendre ».

Vous pouvez n’utiliser que certaines slides relatives au point que vous voulez aborder, et non tout le montage. Il ne s’agit pas de « faire un cours » sur le cerveau, mais d’expliquer pourquoi vous utilisez une modalité, ou de fournir un conseil précis. Et de faire prendre conscience de certains fonctionnements du cerveau par des petits tests.

 

2ème axe : Pratiquez des temps de mémorisation en cours

Pourquoi ?

  1. Les éléments « essentiels » d’un cours s’estompent très rapidement en mémoire de travail, et ne sont pas installés en mémoire à long terme : données sémantiques, éléments de méthodes, articulations de raisonnements, clés de compréhension.
  2. Un premier ancrage mnésique est essentiel pour amorcer la rétention à terme. L’idéal est d’apprendre au moins deux fois le plus près possible du cours. C’est l’apprentissage initial massé.
  3. Mobiliser la mémoire à l’intérieur du cours, c’est également accroître le contrôle de la pensée, donc développer l’indispensable attention des élèves qui est, rappelons-le, le 1er critère de la réussite scolaire.
  4. Les activités de mémorisation en cours représentent une belle opportunité pour les élèves, d’apprendre à apprendre, de prendre de bonnes habitudes méthodologiques.

Comment ?

Les modalités de mémorisation en cours sont diverses. A vous de choisir ou développer celles qui vous correspondent le mieux. Par exemple :

  • Cahiers fermés vous posez oralement 4 ou 5 questions que vous aurez soigneusement préparées en amont. C’est la forme la plus simple, la plus rudimentaire, « en aveugle » car vous pouvez difficilement vérifier si les élèves savent ou ne savent pas répondre. Faites-le une ou deux fois durant le cours.
  • Après un temps de cours suffisant, vous demandez aux élèves quels sont les points qui leur paraissent les plus essentiels. Cette activité permet de mobiliser l’attention des apprenants et vérifier si les messages que vous avez voulu faire passer ont été justement compris.
  • Utiliser un logiciel collectif de test par la voie numérique. C’est ludique, efficace, souvent individualisé. Nous vous en recommandons 4, dont le mode d’utilisation est décrit en détail sur notre site (Cf. Rubrique OUTILS)

. SOCRATIVE

. KAHOOT

. PLICKERS

. ANKI

  • Introduire une question inattendue portant sur un essentiel étudié dans les jours ou semaines précédents.
  • Les groupes d’interrogation réciproque : Comme le pratiquent les étudiants à l’approche d’une épreuve, les élèves munis de fiches de questions/réponses, s’interrogent par 2 oralement. Le mérite en est la verbalisation qui améliore nettement la mémoire, l’exigence, la clarification, le travail collaboratif. L’activité peut être efficacement pratiquée en séances d’AP. Si le professeur pratique les encarts de mémorisation, l’outil est « prêt à l’emploi ». Les élèves s’interrogent et se réinterrogent oralement jusqu’à pouvoir répondre à toutes les questions. Le professeur peut imaginer un système de défis-challenges donnant à cette séquence un caractère ludique que les élèves généralement adorent.

Le « sac à souvenirs », comme le pratique l’équipe du Collège Saint Exupéry d’Ermont (95)(Rubrique TEMOIGNER). Il contient des cartes de questions/réponses (recto/verso) reprenant les connaissances présentées dans les fiches de mémorisation. Il s’appuie sur le principe de la réactivation répétée dans le temps, nécessaire à la consolidation des connaissances à long terme. Cela permet de lutter contre l’oubli. Pour se repérer, des gommettes de couleurs sont mises sur chaque carte et changent chaque semaine. Au début de chaque cours, les élèves sont interrogés sur deux ou trois cartes tirées au sort par le professeur et écrivent leurs réponses sur leurs ardoises (des tests sont pratiqués avec la technique Plickers). Cette étape ne doit pas excéder cinq minutes. L’enseignant pose rarement des questions de sa discipline, puisque les cartes de toutes les disciplines sont mélangées. Le sac à souvenirs est devenu un véritable rituel de la classe : les élèves le réclament !

 

  • Le cahier de réactivation, niveau lycée. Basé sur le même principe que précédemment, mais plus élaboré. Sur un grand cahier commun à la classe, chaque professeur note deux ou trois questions portant sur des essentiels avec les réponses et la date. A chaque début de cours le professeur tire au hasard quelques questions parmi le stock du cahier, en respectant une chronologie de rappel (voir description détaillée sur le site). Cette pratique collective devient également un rituel apprécié des élèves.

 

3ème axe : accorder la plus grande importance à la révision des prérequis

Hypothèses :

  • On connaît la fragilité des acquis mémoriels qui tendent tout naturellement à s’estomper au cours des jours, semaines et mois… Les prérequis sont souvent très oubliés !
  • D’où l’importance du travail rigoureux sur le retour aux prérequis – trop souvent négligé – et qui permettrait à tous les élèves de partir « autant que faire se peut » de la même ligne de départ.
  • Cette préparation à l’abord d’un nouveau chapitre contribue généralement à créer une motivation supplémentaire pour tous les élèves de la classe.

Remarques :

. Cette technique n’est pas très éloignée de la pédagogie inversée, dont les bénéfices sont certains à condition de respecter quelques règles :

  • Contenu à étudier limité à des essentiels
  • Support d’étude très clair, pour un apprentissage efficace
  • Test d’entrée prévu avant l’étude du nouveau chapitre.

. S’assurer de la possession « a minima » des prérequis permet indiscutablement de gagner du temps pour la suite, et de mettre les élèves en confiance.

Comment s’y prendre ?

  1. Identifier les prérequis essentiels (définitions, propriétés, éléments de méthodes) dans l’esprit du « nécessaire et suffisant ».
  2. Fournir en amont le document à revoir, si possible sous forme de fiche de mémorisation.
  3. Prévoir un très rapide test d’entrée, chaque élève répondant sur sa feuille, avec correction immédiate, selon le principe du feedback proche. Outils numériques préconisés.
  4. Chaque professeur imagine la forme la mieux adaptée à son style et à sa classe.

Dans toutes les activités précédentes, la forme de challenge à relever est toujours appréciée des élèves. C’est ce que proposent de plus en plus les logiciels de tests.