Mémorisation active efficace: pourquoi tant d’élèves et professeurs l’ignorent ?

Mémorisation active efficace: pourquoi tant d’élèves et professeurs l’ignorent ?

 

Les mémoires sont certainement le champ des sciences cognitives relatif à l’apprentissage celui qui a été le plus étudié au cours des dernières décennies. Et sur lequel nous pouvons nous appuyer avec confiance pour bâtir des modalités pédagogiques efficaces.

Nous avons par ailleurs démontré dans une autre section du site (cf. Rubrique SE FORMER, « TOUTES LES MEMOIRES SONT MOBILISEES ») à quel point les mémoires sont au cœur de toutes les activités scolaires.

Nous avons choisi d’insister, en les explicitant ci-dessous, sur 4 conditions hautement favorisantes – car elles ont fait leurs preuves – pour une mémorisation efficace :

  • La consolidation mnésique et le multi testing
  • La mémorisation active
  • Le feedback proche
  • Le bon usage du temps

Nous présentons ici la seconde : La mémorisation active

 

Développement

Définitions

 La mémorisation passive consiste – comme c’est le cas pour l’immense majorité des élèves et des étudiants – à lire et relire un cours pour le mémoriser. Technique dénommée re-reading qui possède un évident effet positif à court terme (la veille pour le lendemain ou le matin pour les heures qui suivent). Mais qui est d’une performance faible à terme, c’est-à-dire après plusieurs jours ou semaines. L’apprenant est en partie dans l’illusion de rétention. C’est le bachotage (cramming) bien connu et immensément répandu mais assez stérile. Les enseignants ont à apprendre une autre façon de mémoriser : la mémorisation active.

La mémorisation active consiste à faire l’effort de répondre à une interrogation pour rappeler une information. Les observations montrent que cet exercice contribue fortement à la performance de la rétention. Les modalités de mémorisation active sont nombreuses. Par exemple :

  • Les fiches de mémorisation (surtout à ne pas confondre avec les célèbres fiches de révision, qui se contentent d’extraire l’essentiel, sans fournir la technique de mémorisation active)
  • Les séquences de mémorisation en classe
  • Les interrogations par deux, chaque élève posant des questions à son camarade
  • Les logiciels de mémorisation

Dans tous les cas, c’est au professeur à fournir aux élèves les moyens de pratiquer la mémorisation active, car les élèves seuls sont incapables de les concevoir et les mettre en place :

  • En concevant son cours avec des encarts de mémorisation ou des fiches de mémorisation
  • En créant des paquets de flashcards sur des logiciels ad hoc
  • En apprenant aux élèves comment ils retiennent en séances d’AP

 

Pour quelles raisons les apprenants ne mémorisent-ils pas davantage de façon active ?

  • Apprendre en lisant est beaucoup moins fatiguant qu’en s’interrogeant… D’où la solution de facilité. Or comme nous l’avons dit plus haut, l’efficacité de la rétention dépend – cela a été démontré – de l’effort investi (Cf. Les études de Roediger). Surmonter cet obstacle psychologique, c’est franchir le cap que les anglo-saxons appellent la difficulté désirable.
  • Par ailleurs, se poser des questions nécessite d’en disposer! Ce qui n’est jamais le cas pour l’élève. Les cours se présentent traditionnellement sous la forme de déroulés linéaires sans questions. C’est logiquement au professeur de prendre la main en modifiant un peu ses pratiques !
  • Enfin les élèves ne savent pas comment fonctionne leur cerveau lorsqu’ils apprennent. Il faut commencer par cette étape d’information, qui de façon unanime, les passionnent. C’est ce que peuvent faire les enseignants en AP au moyen de nos présentations visuelles pour les collégiens ou les lycéens.

 

Que nous apportent les études scientifiques sur la mémorisation active ?

Il existe un très grand nombre d’études prouvant la supériorité de la mémorisation active. Par exemple les travaux de Thomson, Wengler et Bartling en 1978 qui ont travaillé avec deux groupes d’étudiants qui devaient apprendre une série d’items. Le premier groupe l’apprenait trois fois de suite en le lisant (re-reading). Le deuxième groupe procédait à un questionnement après chacun des trois apprentissages. 48h après, le deuxième groupe avait retenu plus de deux fois mieux. D’où le net bénéfice de l’apprentissage du questionnement.

Ce n’est pas miraculeux, c’est tout simplement nettement plus efficace.

 

Sous quelles formes pédagogiques peut-on mettre en place la mémorisation active ?

  • Tout d’abord en proposant aux élèves des prises de notes comportant les encarts de mémorisation. Les élèves ne vont pas spontanément, et surtout dans la durée, se construire des fiches avec questions et réponses… Ne rêvons pas. Il faut donc qu’ils disposent a priori des listes de questions/réponses fournies par le professeur, sur les essentiels sémantiques à retenir.
  • De plus en plus de classes utilisent les logiciels de mémorisation (Anki, Quizlet, Vocabulary, Supermemo). Que les élèves peuvent utiliser à la maison, lorsque le système est bien rôdé. L’introduction de ces logiciels représente un avenir certain pour la performance pédagogique dans les établissements.
  • Une technique de plus en plus pratiquée est celle des séquences de mémorisation en cours. En effet, la classe est un lieu de transmission, de compréhension, d’application. Mais pas de mémorisation, qui est systématiquement reléguée à la maison. De plus, les élèves ne savent comment mémoriser, et ils ne disposent pas des outils pour le faire activement. D’où l’intérêt d’organiser en classe des séquences de mémorisation, qui ont d’ailleurs l’immense vertu de développer simultanément les capacités attentionnelles.

 

Au moment de l’interrogation, certaines conditions permettent-elles d’accroître davantage la mémorisation ?

Oui, il est conseillé d’accorder à la recherche de la réponse un temps suffisant, ne pas passer trop vite de la question à la réponse. Une étude a montré que lorsque la durée du questionnement était un peu allongée activement, la rétention augmente notablement. L’apprenant recherche les liens, les indices, tout ce qui peut favoriser le rappel. Ce conseil peut paraître déplacé, voire signifier un effort désagréable, mais la précaution s’avère fertile pour la rétention.

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole