L’évaluation à l’Ecole: copie à revoir

L’évaluation à l’Ecole: copie à revoir

 

Les grandes faiblesses des techniques d’évaluation couramment pratiquées sont :

  • Les acquis s’estompent rapidement avec le temps : l’évaluation trop rapprochée du premier apprentissage ne permet pas d’avoir une représentation crédible des acquis à terme.
  •  Les modes de rappel sont multiples, qui permettent de savoir si un acquis est réellement présent dans le cerveau de l’élève : libre, indicé, reconnaissance. Tout contrôle doit tenir compte de cette pluralité de modes de rappel.
  • Il faut laisser le temps s’écouler pour une bonne appropriation des savoirs et savoir-faire. Des modalités adaptées existent, en particulier le multi-testing, les calendriers de préparation des contrôles.
  • Les tests sont d’excellents exercices d’apprentissage et des repères précieux pour l’apprenant. Un test n’est pas qu’un moyen de contrôle des acquis.
  • L’Evaluation Par Contrat de Confiance respecte en partie les données des sciences cognitives.

 

Hypothèses

Vaste débat ! Contraintes temporelles imposées par le système, routines et pratiques réflexes… Que disent les sciences cognitives ?

  • Que pour s’installer durablement, les acquis nécessitent plusieurs reprises, et tendent à s’estomper avec le temps. Ce qui interroge la place de l’évaluation, perçue comme une photographie des acquis, par rapport au moment de l’apprentissage… et des réapprentissages.
  • Que les modalités de rappel d’un savoir ou d’un savoir-faire non routinisé sont multiples : rappel libre, indicé, par reconnaissance. Il convient de les mixer pour optimiser le test.
  • Que les tests sont une forme d’exercice de mémorisation, qu’il est possible de concevoir dans cet objectif, y compris en tenant compte des vertus du feedback immédiat.
  • Que le transfert – qui se traduit par la capacité d’appliquer des savoir-faire sur des situations différentes mais voisines des situations d’apprentissage – interroge deux points : 1. Combien de situations d’apprentissage pour espérer un transfert de qualité. 2. Quel écart de difficulté entre les situations d’apprentissage et la situation de contrôle.

 

1er axe : S’inspirer de l’Evaluation par Contrat de Confiance

Cette technique d’évaluation et de préparation à l’évaluation a largement fait ses preuves, elle est soutenue par de nombreux responsables du système, et pratiquée dans un très grand nombre d’établissements.

Il est conseillé de se reporter au texte de référence écrit par André Antibi, qui en décrit complètement les axes (accès aisé sur Internet).

Rien n’est plus déroutant pour l’élève que d’être dans un brouillard d’exigences. L’effort à déployer par l’élève sera d’autant plus intense qu’il saura précisément comment il peut se préparer, et que cet effort portera ses fruits. L’inverse conduisant logiquement à une spirale de démotivation.

Nous insistons ici sur plusieurs points en cohérence avec les éléments des sciences cognitives. En n’évoquant pas la constante macabre, les stratégies d’explications complémentaires, la question plus difficile sur 4 points, la longueur du sujet, les 10 pièges à éviter, etc. Ces points sont les suivants :

  • Un minimum d’une semaine à dix jours sépare l’annonce du contrôle, de celui-ci.
  • Un calendrier de préparation est à proposer aux élèves pour s’adapter au fonctionnement des mémoires (cf. Plus bas).
  • Annoncer très clairement la liste des savoirs et exercices ou activités à maîtriser, qui seront demandés au contrôle. Le travail de préparation est récompensé.
  • A l’inverse un mauvais résultat sera largement imputable à l’insuffisance de la préparation.
  • Inscription dans le contrôle d’éléments plus anciens, conformément à la technique et du calendrier du multi-testing, à condition de l’avoir annoncé.
  • Périmétrer le contrôle autour d’un champ raisonnable de connaissances, le défi à relever devant rester relevable.

Remarques :

  • Bannir les tests surprises qui n’apportent que des effets négatifs tant sur le plan de la motivation que de l’apprentissage.
  • Le bénéfice de la méthode EPCC ne se situe pas que du côté de l’élève. Une préparation bien réussie conduit généralement à un accroissement de réussite qui se traduit par une élévation de la moyenne des notes. Qui s’en plaindrait ?

 

2ème axe : Le calendrier de préparation durant les 10 jours qui séparent l’annonce, du contrôle lui-même.

Rappel des hypothèses :

  • Oubli inévitable et nécessaire consolidation sont les deux volets d’un même processus d’intégration des connaissances et savoir-faire en mémoire. Pour accroître la fiabilité des acquis en mémoire à terme, il est nécessaire de reprendre plusieurs fois les mêmes éléments.
  • Le « spaced learning» indique clairement qu’il est préférable d’apprendre en plusieurs fois séparées de quelques jours, plutôt que de façon massée en une seule fois.
  • Les études montrent que l’apprentissage massé du type « cramming » ou bachotage, fonctionne bien à très courte durée. Oui, les élèves réaliseront correctement leur contrôle en l’ayant préparé au dernier moment. Mais les résultats à moyen et plus long terme sont très décevants ! Les élèves sont dans l’illusion d’avoir appris. Et les correcteurs dans l’illusion que les élèves savent.
  • Toutes les études montrent que l’apprentissage en plusieurs fois, de traitement de situations, de compréhension de concept, nécessite des espacements dans le temps. C’est tout le mérite des réinvestissements dans le sujet, des pauses et du sommeil qui sont de véritables phases inconscientes d’apprentissage.
  • Ne connaissant pas le fonctionnement de leur cerveau, les élèves ne savent pas quelle est la meilleure stratégie pour faire du contrôle une opportunité d’assimilation à terme. C’est au professeur de leur expliquer l’organisation possible de la préparation. Cette préparation rentre dans l’objectif des séances d’AP « Apprendre à apprendre ».
  • Pour mettre en place une stratégie efficace de préparation aux contrôles et examens, nécessité de prévenir les élèves environ 10 jours avant.

 

Comment s’y prendre ?

  1. Proposer aux élèves un calendrier de préparation permettant de revenir 2 à 3 fois sur les éléments nécessitant une mémorisation : que faire, et quand le faire ?
  2. Ce qui relève du sémantique (définitions, vocabulaire, sens des concepts) sera repris deux à trois fois. Par exemple appris une première fois, revu une deuxième fois deux ou trois jours après, puis revu une dernière fois dès avant le contrôle. Ce sont les mêmes éléments qui sont revus chaque fois. A partir des encarts ou de la fiche de mémorisation.
  3. Les apprentissages de méthodes porteront sur des axes différents mais répartis sur les trois moments de préparation. Flécher les exercices ou activités à pratiquer au cours de la semaine (en trois étapes par exemple).

Exemple

Consignes à donner : à J-10, à J-7, à J-4, à J-1

  • Que faut-il apprendre
  • Quels exercices refaire

 

3ème axe : Modifier la représentation que l’on a du contrôle ou des tests

Dans la logique du système français, évaluer c’est tenter d’obtenir la représentation la plus juste de ce que les élèves ont en mémoire (savoirs, savoir-faire). On sait que le rappel en mémoire s’effectue selon trois modes distincts, du plus difficile au plus facile :

  • Le rappel libre : on pose une question et l’élève doit répondre. C’est le plus classique et le plus difficile.
  • Le rappel indicé : on fournit un ou plusieurs indices qui font lien avec des éléments que l’élève possède en mémoire mais qu’il n’aurait pas pu rappeler en mode libre.
  • Le rappel par reconnaissance : type quiz ou QCM. C’est évidemment le plus simple.

Les trois modes font émerger des connaissances présentes en mémoire.

Propositions

  • Construire les énoncés de façon à pouvoir mettre en évidence l’effort accompli par l’apprenant. Les études démontrent que l’apprentissage dépend en grande partie de l’effort fourni (questions et difficultés auxquelles l’apprenant est confronté et qu’il devra surmonter, établissement de liens, production personnelle, écriture de synthèses, etc.). Pourquoi les évaluations ne prennent en compte le plus souvent que le résultat ?
  • Tout test ou contrôle sont des exercices d’apprentissage, de repérage, d’objectivation du savoir. Et pas seulement la validation d’un acquis. Le temps mobilisé pour le test ne se réduit pas à du temps perdu sur l’apprentissage, bien au contraire.
  • Un test peut se présenter sous la forme d’une carte mentale, dans laquelle l’élève rassemble tous les éléments attendus du chapitre, à sa manière, avec des liens justes.
  • Pratiquer des quiz en amont de l’apprentissage d’un chapitre. La vertu semble en être démontrée sur l’importance du positionnement propre de l’apprenant, la mobilisation, la mesure de l’écart accompli après l’apprentissage, le travail indispensable sur l’erreur ou la confusion. Ne pas confondre erreur et échec.
  • Est-il indispensable d’attribuer une note, et a fortiori de la prendre en compte dans le bilan trimestriel, et pour tout test ? Les tests sont aussi des outils de repérage et d’apprentissage.

 

4ème axe : Minimiser les corrections différées et collectives

Hypothèses

  • La correction différée est l’antithèse du feedback de proximité qui stipule que la rectification des erreurs et des confusions doit s’effectuer dès de la réponse fournie à une question donnée. Faute de quoi l’erreur ou le malentendu ne font que s’ancrer davantage dans la mémoire.
  • Sauf à bâtir autour de la correction une solide activité de reconstruction, la correction différée n’a que seul avantage d’apaiser la conscience du professeur qui aura consommé quelques jours de ses vacances à cette tâche ingrate, et à porter une note sur le bulletin…
  • La correction collective est contraire au principe de la différenciation vers lequel les pédagogies devraient tendre pour se situer au plus près de chaque élève. Les bénéfices de la correction collective sont bien minimes et les risques d’ennui et de dispersion sont grands.

 

Comment s’y prendre ?

  • Plus l’intervalle de temps est grand entre le contrôle et la correction, plus un travail de reconstruction s’impose.
  • Rendre la correction aussi individuelle que possible afin d’éviter soit l’ennui des meilleurs, soit le décrochage des plus faibles.

Traiter dès après le contrôle les points de correction portant sur les connaissances.

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole