Le feedback proche, important pour aider les élèves à mieux mémoriser

Le feedback proche, important pour aider les élèves à mieux mémoriser

Les mémoires sont certainement le champ des sciences cognitives relatif à l’apprentissage celui qui a été le plus étudié au cours des dernières décennies. Et sur lequel nous pouvons nous appuyer avec confiance pour bâtir des modalités pédagogiques efficaces.

Nous avons par ailleurs démontré dans une autre section du site (cf. Rubrique SE FORMER, « TOUTES LES MEMOIRES SONT MOBILISEES ») à quel point les mémoires sont au cœur de toutes les activités scolaires.

Nous avons choisi d’insister, en les explicitant ci-dessous, sur 4 conditions hautement favorisantes – car elles ont fait leurs preuves – pour une mémorisation efficace :

  • La consolidation mnésique et le multi testing
  • La mémorisation active
  • Le feedback proche
  • Le bon usage du temps

Nous présentons ici la troisième : Le feedback proche.

Obtenir la réponse au plus près de la question est une bonne méthode pour rectifier une connaissance erronée, lever un malentendu et clarifier le flou. Certains modes d’apprentissage sont donc à privilégier, essentiellement en mémorisation active. C’est ce qu’expose cette section, en insistant sur un point dont on néglige trop souvent l’importance dans la construction des acquis : le statut de l’erreur, loin de celui de l’échec.

 

Développement

 Le statut de l’erreur

Penser le sens et l’efficacité d’un apprentissage, c’est revenir sur le statut de l’erreur. Une situation dans laquelle il n’y aurait pas d’erreurs à rectifier n’est pas une situation d’apprentissage, c’est une situation d’exécution. Stanislas Dehaene affirme que c’est la violation d’une attente qui crée l’apprentissage. Mieux encore, la surprise et l’inattendu sont des leviers d’apprentissage. Le cerveau n’apprend pas si la réponse est conforme à la prédiction. Dans une situation à résoudre, le cerveau prévoit une réponse. Lorsqu’il dispose de la solution, il la compare avec sa prédiction. Il y a alors ajustement, rectification de l’erreur ou dissipation du malentendu, clarification de la zone de fou. L’apprentissage s’arrête lorsque la prédiction est juste.

Conception assez contraire à celle de notre système qui, loin de valoriser l’effort et la démarche pour surmonter l’erreur et la difficulté, sanctionne essentiellement la réponse juste. Mais les choses changent doucement, l’évaluation absolue bascule progressivement vers l’évaluation relative.

 

Le feedback proche

L’objet de cette section sur le feedback proche est de souligner l’effet positif sur la force de l’apprentissage, de la proximité entre la question posée, et la réponse.

Pour mieux ancrer la « bonne réponse » à une question, dissiper le flou ou lever le malentendu, les études indiquent deux conditions :

  • Tout d’abord se poser la question, ce qui est une affirmation moins banale qu’il n’y paraît. On a communément tendance à penser que l’apprentissage s’effectue en recevant des informations, en agrégeant des connaissances nouvelles à d’anciennes. Certes cet apport est nécessaire et l’apprenant n’a pas à réinventer le monde, ce qui serait une démarche absurde. Mais entre recevoir un stock d’informations tout naturellement intégrées aux anciennes déjà acquises, et les installer durablement en mémoire, le pas est grand. C’est ce passage qui nous préoccupe ici. Des centaines d’études convergent et confirment la force de l’implication active et de la mémorisation active sur la rétention à terme (cf. LA MEMORISATION ACTIVE EST EFFICACE). Postures d’apprenant qui s’opposent à la position passive de receveur d’information, très nettement moins performante pour apprendre.
  • Disposer de la réponse assez tôt après la question et sa tentative de résolution. L’erreur détectée rapidement aurait un effet à long terme plus important que lorsque la réponse est différée. Ainsi il est fortement conseillé de fournir aux élèves les éléments de correction portant au moins sur les éléments sémantiques aussi près que possible de l’interrogation. Ce qui hélas est rarement le cas en pratique, les enseignants se donnant des délais parfois très longs pour rendre les copies corrigées. Les rendre immédiatement est évidemment une hypothèse absurde, en revanche consacrer quelques minutes pour revenir sur la correction des données sémantiques est vivement conseillé et cela est pratiquement possible, des enseignants le font.

On retrouve les avantages d’apprentissage et d’acquisition mémorielle par feedback proche avec les techniques de mémorisation active telles que :

. Les séquences de mémorisation pendant les cours par interrogation, collectives par tests du type Socrative ou binômes d’interrogation ;

. Les encarts et fiches de mémorisation ;

. Les logiciels de mémorisation tels qu’Anki.

Il y a dans l’interactivité entre l’outil numérique et l’apprenant cette double dimension du questionnement et de la réponse proche, et la mise en interrogation, qui concourent à l’efficacité de l’apprentissage.

Insistons à nouveau sur le fait que le test, outre qu’il permet de repérer l’état d’avancement des acquis, est un mode d’apprentissage actif et efficace.

Il est par ailleurs démontré que la récompense symboliquement perçue par l’apprenant qui parvient rapidement à surmonter une question à résoudre avec obtention rapide de la réponse positive, déclenche une décharge de dopamine – le neurotransmetteur emblématique du plaisir – non sans lien avec les paramètres de la motivation.

 

Les multiples vertus des jeux bien choisis

Le jeu bien choisi est une activité de l’enfance aux vertus formatrices considérables :

  • Il apprend à banaliser l’échec
  • Il oblige à contrôler la pensée pour maîtriser les stratégies, et les réflexes non pertinents (inhibition)
  • Il oblige à développer des stratégies mémorielles pour embrasser d’un coup parfois un grand nombre de paramètres, mais également pour conserver en tête les règles du jeu souvent nombreuses
  • Il démontre la nécessité de nombreux entraînements pour acquérir l’aisance nécessaire pour gagner
  • Il développe l’attention
  • Il aguerrit au dépassement de la difficulté

Il est remarqué que les enfants rompus aux jeux de réflexion et de stratégies développent fréquemment des aptitudes importantes en raisonnement, en particulier en mathématiques.