Evaluer l’effet de votre expérimentation

Evaluer l’effet de votre expérimentation

Vous lancez un projet Cogni’Classe, une modification de vos pratiques, des modalités sans doute nouvelles. Il s’agit pour vous d’une forme d’expérimentation. Inévitablement vous vous posez la question de l’effet sur vos élèves.

  • Est-il nécessaire de l’évaluer ?
  • Qu’allez-vous évaluer ?
  • Comment allez-vous l’évaluer ?

 

Est-il nécessaire d’évaluer votre expérimentation ?

L’introduction des neurosciences cognitives dans la pédagogie est une petite révolution qui s’amorce, grâce à la diffusion des connaissances, mais surtout grâce à des enseignants et des équipes comme vous, qui testent en tâtonnant, le difficile passage des théories des experts, au terrain de l’apprentissage.

Ce travail d’ajustement dans des contextes variés, seuls les praticiens peuvent le réaliser et dire comment le poursuivre. Vous contribuez à ouvrir la voie. Ce ne sont ni les chercheurs ni les responsables du système qui aujourd’hui sont en mesure de le faire.

L’évaluation par les professionnels de terrain que vous êtes est donc essentielle, indispensable.

C’est un rôle que notre équipe se donne de collecter toutes les observations, commentaires et mesures de ces modalités nouvelles.

Donc, OUI, c’est nécessaire !

Vous attendez de ces nouvelles pratiques un impact sur les résultats des élèves, le climat de la classe, le décrochage, le travail en équipe pédagogique, etc. Par ailleurs, modifier ou introduire une pratique professionnelle représente un investissement en temps, en imagination, en énergie. C’est une petite aventure qui peut présenter des risques : comment vont réagir les élèves, vont-ils jouer le jeu, comment vont réagir la direction de l’établissement, les familles, les collègues ?

Il est donc normal, après quelques semaines ou quelques mois, que vous tiriez un bilan, a minima en fin d’année. Dans ce menu COGNI’CLASSE, vous trouverez une fiche-bilan à nous retourner en cours si possible et surtout à la fin de l’année. Merci.
Fiche bilan

 

Pourquoi avons-nous tous besoin de bilans ?

Vous et vos collègues

. Vous : En enseignants exigeants et rigoureux, vous avez besoin de vérifier dans quelle mesure votre projet était pertinent, en quoi il peut évoluer.

. Vous : Pour apporter les modifications pertinentes en cas de reconduction l’année suivante : ce qui a marché ou moins marché.

. Les collègues de l’établissement : convaincre les dubitatifs par la preuve, réaliste ! Le changement humain s’engage très souvent par la preuve (evidence based).

Les partenaires de l’établissement

. Pour apporter des éléments précis auprès tous ceux susceptibles d’être concernés : collègues, direction et instances (Corps d’inspection, CARDIE, autres interlocuteurs), familles.

 

ÊTES-VOUS EN RECHERCHE-ACTION ?

Dans quelle position vous situez-vous ? Vous êtes des enseignants, et non des chercheurs.

La recherche pure, conduite par des chercheurs de laboratoires concerne l’étude de thèmes jusqu’alors inexplorés par la science. Elle nécessite une méthodologie scientifique rigoureuse : panels d’élèves choisis sur la base de critères précis, avant-tests, post-tests, groupes témoins, limitation du nombre des paramètres étudiés, etc. Nous ne nous plaçons pas du tout dans ce cadre. Qui mobilise des professionnels et de gros moyens.

En revanche il nous revient d’observer comment les fondements théoriques peuvent être mis en application dans la classe, dans des contextes variés d’élèves, d’établissements, de milieux sociaux, de diversité d’enseignants. Il est donc important qu’au-delà de la mise en œuvre de pistes, vous tentiez d’observer au plus près ce qui va se passer dans la classe, et comment vous vivez ces pratiques. Voilà tout l’enjeu de la collecte des résultats que nous tentons de réaliser avec vous dans le cadre de notre équipe.

Il vous est en conséquence demandé d’observer aussi précisément que possible les résultats et comportements des élèves. C’est ce que décrit le document.

 

Qu’allez-vous évaluer ?

Rappel : vous n’êtes pas là pour faire une recherche comme des chercheurs professionnels, mais pour évaluer la façon dont les sciences cognitives s’appliquent dans la classe.

La pédagogie est un entremêlement complexe de paramètres.

Et pourtant il sera important de pouvoir répondre à des questions telles que :

. L’élève a-t-il accru son capital de savoirs et de compétences, son comportement, ses compétences sociales ?

. A-t-il amélioré son rapport à l’acte d’apprendre, sa curiosité, son implication ?

. A-t-il adhéré à votre démarche pédagogique, avez-vous réussi à réduire le décrochage ?

 

Vous êtes rapidement confronté au nombre et à l’interdépendance de tous ces paramètres.

Chacun des élèves de votre classe est un cas particulier. Comment tirer des conclusions générales ?

Par ailleurs vous exercez dans un tourbillon d’activités, dans lesquelles la collecte des résultats et l’analyse n’ont guère de place.

 

Ce que vous pouvez observer ou mesurer :

  • Un intérêt plus ou moins grand des élèves pour les modalités que vous proposez ;
  • Un climat plus apaisé de la classe ;
  • Des notes modifiées aux contrôles ;
  • Une meilleure implication des élèves dans les activités en responsabilité (implication active) ;
  • Une meilleure mémorisation des essentiels pour lesquels vous avez installé une stratégie ;
  • Un décrochage moindre des plus faibles.

 

L’exemple de la mesure de la consolidation à rythme expansé

Certaines pratiques peuvent donner lieu à une mesure quantitative. Exemple :

  1. Vous avez délimité les essentiels à retenir pour chaque chapitre
  2. Vous avez produit des supports de mémorisation active (Fiches de mémorisation, logiciel ANKI, etc.)
  3. Vous avez planifié des reprises et des tests
  4. Vous avez ménagé en classe des moments de réactivation
  5. Alors à la fin de l’année, et sans prévenir les élèves vous soumettez les élèves à un test portant sur l’ensemble des essentiels de l’année (vous aurez évidemment opéré un choix d’items)

Voilà une mesure quantitative fiable !

 

COMMENT ALLEZ-VOUS EVALUER ?

  1. Utilisez la fiche d’évaluation proposée dans le menu de ce site : Fiche bilan
  2. Soit vous l’envoyez spontanément, en cours ou en fin d’année, soit vous la recevez de notre part si vous êtes identifié dans notre liste de Cogni’Classe.
  3. Dans tous les cas, fournissez un bilan ! Ne restez pas sans conclure, quelle que soit la fin de l’histoire ! Nous avons absolument besoin de savoir comment se déroule votre projet, les progrès, les difficultés. C’est à cette condition que nous avancerons ensemble.
  4. N’oubliez pas que vos retours sont extrêmement précieux pour nous car ils permettent de mieux cerner l’efficacité des méthodes, de communiquer avec les chercheurs, les responsables du système éducatif, les médias.
  5. Les mesures quantitatives sont rares

Ex : Mesurer la capacité de rétention par la méthode des reprises expansées, ou avec le logiciel ANKI est tout à fait possible si vous définissez précisément les savoirs à acquérir et que vous attendez 6 à 8 semaines avant le test final, afin de vérifier la rétention sur un terme un peu long.

Ex : Ce peut être également des indicateurs de sanctions, d’absences, de participation

Ex : Mais aussi des variations de moyennes de notes

Ex : Si vous pouvez procéder à des comparaisons avec des groupes témoins, ne vous en privez pas !

  1. Les observations qualitatives sont plus aisées quoique plus subjectives et moins rigoureuses

Ex : Vous pouvez parler de vous-même, comment vous avez vécu les nouvelles pratiques…

Ex : Interrogez les élèves sur les bénéfices qu’ils ont remarqués, l’amélioration qu’ils ont ressentie. Procédez par petites enquêtes ou interviews.

Ex : Toute observation significative est précieuse pour vous, pour votre établissement, pour nous !

  

ON RESUME

. Les chercheurs travaillent sur des questions jusqu’alors non ou peu explorées. Ce n’est pas votre objectif : vous expérimentez des pratiques fondées sur des apports théoriques validés par la science. En revanche vous les expérimentez sur votre classe, avec vous-même et au sein d’une équipe. Voilà l’originalité de l’expérimentation. Ce qui n’est pas dit dans la recherche fondamentale. Vous n’êtes pas chercheurs sur le fondamental.

. En revanche observer soigneusement comment de nouvelles modalités sont réalisées dans votre classe, est très important. Pour vous, pour votre environnement professionnel, pour notre équipe qui tente d’observer sur un grand nombre de contextes comment on peut introduire les données des sciences cognitives.

. Vous vous fixez des repères (résultats et notes, performances, comportements individuels, ressentis) et vous les notez. Ce que nous appelons le bilan d’étape, puis le bilan final en fin d’année. Vous nous le transmettez, ces bilans sont très précieux pour nous.

 

QUELLE EST LA METHODOLOGIE D’UNE RECHERCHE SCIENTIFIQUE RIGOUREUSE ?

La façon dont procède une équipe de chercheurs :

. Choix d’un panel d’élèves aussi représentatifs que possible pour l’objectif à étudier.

Ex : Si on cherche à évaluer l’effet de la mémorisation à rythme expansé pour un public lambda d’élèves, on ne va pas faire l’expérimentation sur une classe comportant essentiellement des élèves en difficulté.

. Un paramètre précis isolé parmi d’autres.

Ex : Si on pratique la technique des îlots, que va-t-on apprécier ? La production du groupe, l’investissement de chaque élève pris individuellement dans le groupe, l’amélioration des qualités d’écoute et de communication, la résolution du problème qui aura été soumis, la comparaison de cette technique avec le cours magistral en face-à-face ? Autant de paramètres entremêlés.

. Réalisation multiple du même test pour éliminer les faits aléatoires et les conclusions hâtives. Un nombre limité d’expérimentations sur une même pratique n’est pas suffisant pour conclure.

Ex : Ce n’est pas en pratiquant l’évaluation par contrat de confiance quelques fois (EPCC) que l’on peut relier l’amélioration des résultats au contrôle avec la mise en place de cette modalité. Mais après un nombre important d’essais. 

. Comparaison de la pratique à expérimenter avec un groupe témoin.

Ce qui pose dans la classe une sérieuse difficulté pratique.

Si vous pratiquez une nouvelle modalité avec une partie de vos élèves et pas l’autre, chacun va se demander pourquoi tous ne sont pas logés à la même enseigne, surtout sur un temps long !

Idem si vous comparez deux classes d’un même niveau ! Sauf à être très clair vis-à-vis des élèves.

Vous pouvez aussi comparer les effets obtenus sur vos élèves avec la classe témoin d’un autre professeur. Mais quel collègue va aisément accepter de jouer le jeu ?

Vous pouvez également utiliser une technique sur une classe durant une partie de l’année, puis comparer l’effet avec une autre technique durant une autre partie de l’année mais sur la même classe. Mais pourra-t-on reproduire les mêmes conditions à quelques mois d’intervalle ?

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole