Contrôle de la pensée et inhibition: 1er critère de la réussite scolaire

Contrôle de la pensée et inhibition: 1er critère de la réussite scolaire

 

Faire attention, se concentrer, raisonner juste, contrôler les pensées et les impulsions, les mauvais réflexes et les croyances erronées, s’opposer et résister à ces mécanismes qui nous submergent parfois mais surtout altèrent le bon déroulement des activités de l’élève… Ces capacités s’apprennent et se développent.
C’est l’une des missions de l’Ecole, tout comme elle est celle des parents qui passe de l’injonction à l’apprentissage de la maîtrise. L’enjeu est de taille car il est au cœur du cheminement de tout individu qui passe de l’enfance jaillissante à l’adulte capable de se contrôler, et il est au cœur de la « vie scolaire » qui peut ternir le climat de l’apprentissage.
Faire attention, développer l’inhibition, de quoi s’agit-il, au juste ?

 

Développement

On dit à juste titre que le contrôle de la pensée est le premier critère de la réussite scolaire (on parle également d’attention, de concentration). Ce domaine de la vie cognitive de l’élève est vaste, encore en friche, et donne à ce jour encore peu de pistes très concrètes en termes d’activités pédagogiques dédiées.
Il donne pourtant beaucoup de fil à retordre aux enseignants qui doivent mener parfois de douloureux combats pour solliciter attention et concentration chez leurs élèves, en regrettant souvent que « les choses aient empiré ces dernières années ».

Nous avons en conséquence décidé d’accorder sur le site une section sur ce sujet, avec une pensée toute particulière pour l’équipe d’Olivier Houdé, Professeur à l’Université Paris Descartes et responsable du Laboratoire LaPsyDé qui siège à la Sorbonne, dont le fil conducteur est celui de l’inhibition, et avec qui nous avons l’immense plaisir de travailler.

 

Les comportements qui mobilisent l’attention

On observe dans la vie quotidienne quatre types de situations dans lesquelles l’attention est mobilisée :

L’effet des distracteurs, ces signaux incidents visuels, sonores, olfactifs, sensoriels, dont l’impact prévu par la nature a pour effet de protéger l’individu de tout danger impromptu et déclencher des mécanismes de réaction. L’effet de distraction peut être puissant, mais nécessaire. L’esprit peut également être distrait par des sources mentales internes, des pensées émergentes, préoccupations et désirs.
La sélection d’un élément parmi plusieurs. On parle d’attention sélective.
Le maintien de l’attention sur une tâche (corrélation avec la mention précédente), attitude que l’on demande tout particulièrement à l’apprenant de développer. On parle d’attention soutenue. Attitude que savent particulièrement tenir les pratiquants de la méditation.
L’alternance preste des tâches conduites en parallèle, en limitant les pertes d’énergie et de performance dans le passage de l’une à l’autre. Rappelons que le fonctionnement conscient du cerveau est linéaire, il ne peut pas assurer simultanément deux tâches conscientes et s’oblige à « switcher » de l’une à l’autre ou à la troisième, en cas de besoin.
Bien entendu les frontières sont molles entre ces situations.

Quelques points clés sont à connaître :

Sur le développement des capacités de l’attention :

Etre attentif est loin d’être naturel, tout particulièrement chez l’enfant. Les capacités de l’attention se développent – doivent se développer – tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Ce développement va de pair avec des modifications neuronales, qui se révèlent dans les comportements.
Le contrôle de la pensée est un mécanisme dont la réalité biologique siège dans des faisceaux de neurones qui relient les zones des impulsions (archaïques dans l’histoire de l’espèce humaine) aux zones de leur contrôle (plus récemment développées et situées à l’avant du cerveau, dans la zone dite orbito-frontale). Le développement du contrôle va de pair avec la myélinisation de ces neurones.
➢ Il y a dans l’attention quelque chose de la résistance, de l’opposition, du savoir dire non à des mécanismes de diversion, à des impulsions.
➢ Cette consolidation neuronale des faisceaux responsables du contrôle de la pensée est l’un des grands enjeux de l’éducation des enfants et adolescents, grâce à l’action éducative des parents et des enseignants, voire à des modalités pédagogiques à mettre en place et qui sont encore tâtonnantes.
➢ A noter une fragilité du système de contrôle au moment de l’adolescence qui rend les jeunes plus vulnérables, en particulier ceux qui n’ont guère développé les capacités attentionnelles au cours des années précédentes.
Le développement du contrôle de la pensée est « lent » ! Comme la plupart des modifications cérébrales à long terme. Les exercices dédiés devront être pratiqués avec détermination et dans la durée.
Nous attirons l’attention sur la proximité de ce thème avec celui de la conscience, magnifiquement traité dans l’ouvrage « Le code de la consciences » de S.Dahaene (ed. Odile Jacob).

 

Les mécanismes de l’inhibition

Outre les situations évoquées plus haut, les mécanismes de l’inhibition interviennent dans des activités scolaires telles que :
Le contrôle de réflexes spontanés, souvent innés mais inadaptés. Citons quelques exemples connus : la confusion entre le b et le d (lettres miroirs) conséquence d’un atout cognitif de naissance qui permet au bébé d’identifier identiquement un objet ou un visage selon qu’il le voit de la gauche ou de la droite, la confusion entre la longueur (d’une rangée de pions) et le nombre des pions qui la composent (tout dépend de l’écart), la difficulté à identifier la supériorité ou l’infériorité de deux fractions selon les valeurs des numérateurs et dénominateurs (par exemple 4/5 et 5/7). Les exemples sont pléthores.
La justesse des raisonnements. Enchaîner les étapes d’un raisonnement dans une juste logique n’est pas toujours évident. Les professeurs de mathématiques le savent bien. Mais les autres également. Combien de syllogismes présentent des pièges, combien de conclusions hâtivement prononcées sont trompeuses. Combien de croyances erronées faute de les éprouver au pied de la raison, et source de désastres individuels et collectifs !
Toute la qualité et la rapidité des capacités de raisonnement vont consister à trouver un juste équilibre entre les mécanismes automatiques, rapides, confortables, qui guident un très grand nombre de nos tâches (on parlera de système heuristique, qui permet au piéton de traverser un carrefour tout en accordant son attention aux paroles de son compagnon), et les mécanismes rationnels, lents, fatigants, qui assurent le zéro faute ou presque (on parle de système algorithmique qui évite au piéton le rare mais possible accident, car il aura fait attention à toute éventualité, tout en ayant invité son compagnon à différer son bavardage).
Olivier Houdé pose l’existence d’un troisième système, qui assure l’inhibition du système heuristique et le passage au système algorithmique.
Ce mécanisme indispensable dans la maturation de la personnalité de l’élève, s’éduque et se développe, et correspond à une réalité biologique.

 

Exemples et transferts
Le développement des automatismes est impératif. Il permet au virtuose de faire évoluer ses mains sur le clavier sans se tromper car le geste automatique s’exécute plus rapidement que ne pourrait le faire l’attention consciente. Il permet au champion de réaliser un service de balle de match sans mobiliser son attention sur chaque segment du geste (ce qui serait éminemment risqué).
Mais l’esprit doit garder le contrôle des automatismes et de pas se laisser tromper par une exécution non-consciente et erronée. Il semblerait que cette capacité soit transférable dans maintes situations une fois la maîtrise acquise. Etre capable de se concentrer sur une tâche (activité sportive, pratique d’un instrument, usage d’un jeu vidéo) est précieux pour réaliser toute autre tâche requérant une importante mobilisation de l’esprit. Dans cette hypothèse, pourquoi le développement de l’attention ne serait pas mieux pris en charge dans les pratiques scolaires, avec des exercices dédiés ?
Apprendre à résister… Un défi de l’enfance à lancer aux éducateurs.

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole