Contrôle de la pensée: son développement en classe

Contrôle de la pensée: son développement en classe

 

Le contrôle de la pensée, non installé chez le petit enfant, doit se développer dans l’environnement éducatif et scolaire. Il consiste à maîtriser les distracteurs et les réflexes non pertinents, les impulsions.

On ne dira jamais assez qu’il est le premier critère de la réussite scolaire. Paradoxalement il est le maillon faible de l’activité scolaire. De nombreuses pistes sont cependant possibles.

 

Hypothèses

  • Le contrôle de la pensée est le premier critère de la réussite scolaire.
  • Il permet d’améliorer essentiellement trois types de comportements:

. Ne pas l’esprit se laisser submerger par les distracteurs (visuels, sonores en particulier) qui détournent naturellement l’esprit de sa cible d’attention.

. Accroître la capacité à rester attentif sur une tâche déterminée.

. Améliorer la capacité de l’esprit à passer rapidement d’une tâche à l’autre (car il fonctionne linéairement, ne pouvant gérer en même temps deux tâches conscientes) avec une efficacité plus grande.

  • Chez l’enfant et jusqu’à l’âge adulte, le contrôle de la pensée ne va pas de soi. Il se développe par d’innombrables exercices d’entraînement que l’enfant pratique grâce à l’action éducative des parents (écouter les autres, rester attentif, pratiquer des activités musicales, sportives, de jeu, acquérir de la patience, contrôler ses pulsions, etc.).
  • Le milieu scolaire peine à mettre en place des activités ayant comme objectif le développement du contrôle de la pensée, d’une autre façon que par des injonctions de type « tais-toi », « calme-toi », « respecte les consignes », etc. Un immense chantier s’ouvre pour les enseignants, pour développer des activités pédagogiques ayant également comme objectif le contrôle de la pensée.
  • Les enfants bénéficient très inégalement de cette formation au contrôle de la pensée au cours de leurs premières années. Or les études semblent montrer que l’adolescence représente une période vulnérable à cet égard, qui se traduit par des prises de risques et des attitudes de dispersion et d’agitation préjudiciables à un bon apprentissage.
  • On inclut dans le contrôle de la pensée, les capacités d’inhibition visant à maîtriser les réflexes automatiques parfois non pertinents, dont l’effet est d’accroître les capacités de raisonnement.
  • Développer le contrôle de la pensée est un travail de très longue haleine. Ce sont des milliers d’exercices qui doivent y concourir. Ce qui ne signifie nullement que les enseignants doivent y renoncer, bien au contraire.

 

Comment s’y prendre ?

1er axe : Quelques exemples qui ont fait leurs preuves

  • Une explication de cours sans prise de notes par les élèves (parole + écran pour satisfaire au principe de la double modalité). Puis questionnement aux élèves qui répondent individuellement par écrit. Par exemple avec un logiciel de test : Plickers, Socrative, Kahoot). Puis correction. Les élèves se sachant tous testés en cours de séance développent une attention nettement plus grande.
  • Visionnement d’une capsule vidéo selon le même principe d’attention, observation, tests (il en existe maintenant une multitude : Site Canopé en SVT, les magnifiques vidéos de Mickaël Launay en mathématiques sur You tube, documents historiques, etc.)
  • Courte séquence de mémorisation en classe: vous aurez signalé au long du cours quelques éléments essentiels qui seront à retenir. Puis en milieu de séquence, ou à la fin, vous demandez de fermer les cahiers et vous demandez aux élèves de se rappeler d’informations en rappel libre ou de répondre à des questions.
  • Cours d’EPS : transmission des consignes. Les élèves sont distancés de 50 cm. Ils sont mis en position d’écoute en minimisant les distracteurs (pas d’échanges possibles entre eux). Le calme absolu est requis. Le professeur transmet le jeu des consignes. Il est demandé aux élèves, en silence, de les remémorer. Puis l’un d’entre eux les cite, en pleine écoute des autres. Le professeur rectifie éventuellement. Un deuxième élève est sollicité de la même façon.
  • Cours de mathématiques : une série d’exercices mis en place pour acquérir un automatisme doit être réalisée en un temps donné. L’attention est finement portée sur les étapes du raisonnement qui sont gérées automatiquement mais sont non pertinentes. Cette démarche est valable dans les autres disciplines et vise au développement de la rigueur et de la pensée critique.
  • Quelques minutes de début de cours consacrées à calmer les esprits (cf. en infra)
  • Détection d’erreurs ou éléments incongrus dans un texte ou un raisonnement.
  • Les logiciels de régulation de niveau sonore, durant les séances de travail en groupe. Par exemple Class Rules, Bequiet

 

2ème axe : Limiter la présence des distracteurs

  • Les distracteurs sont des signes – visuels, auditifs, olfactifs, tactiles – qui déclenchent des systèmes cognitifs d’alerte dans l’objectif de nous sécuriser : une lumière impromptue, un objet qui se déplace, un son singulier, une sirène qui se déclenche, une odeur bizarre, etc. Nous sommes tous sensibles à l’effet d’alerte des distracteurs : une personne entre dans une salle par une porte située à l’avant, tout le monde tourne la tête !
    • Les distracteurs sont des dérivateurs de l’attention que l’enfant doit apprendre à maîtriser.
    • Les exercices du contrôle de la pensée, accomplis depuis la tendre enfance jusqu’à l’âge adulte, sont destinés à gérer avec perspicacité l’effet des distracteurs. L’adulte saura discriminer justement le distracteur de danger, du parasite sans importance.
  • Les élèves, qui n’ont pas développé suffisamment le contrôle de leur pensée, se laissent divertir par le moindre bruit, la moindre parole, la moindre agitation. Autant de sources de déstabilisation du cours.
  • L’idée suggérée ici est de minimiser la possibilité pour les élèves de subir l’action des distracteurs : écarter les tables pendant les phases de transmission, positionnement des élèves (dispositions en U), conseiller aux élèves de se protéger des distracteurs à la maison (téléphone à portée de main, musique pendant les devoirs, bureau empli d’objets distrayants, etc.)

 

3ème axe : Pratiquer la double modalité cohérente

Hypothèses

  • Le fonctionnement conscient du cerveau est linéaire: cela signifie qu’il lui est très difficile (pour ne pas dire impossible) de conduire simultanément deux tâches conscientes. La conduite simultanée de deux tâches conscientes (par exemple lire et écouter) produit l’aveuglement automatique de l’attention de l’une des deux tâches par l’autre.
  • Il peut en revanche conduire aisément et en même temps une tâche consciente (construire une phrase en prenant des notes) et une tâche inconsciente (former les lettres pour écrire la phrase).
  • Il est donc insensé d’envoyer deux messages en simultané sous des formes différentes (visuelle en présentant une image, et auditive en parlant d’autre chose).

 

Comment s’y prendre ?

  • La double modalité de présentation d’un même message sous les deux formes visuelle et auditive est nettement conseillée pour une meilleure perception, et correspond au fonctionnement biologique de la mémoire de travail. Cela signifie par exemple que le professeur énoncera à voix haute un message inscrit de façon cohérente sur son TNI.
  • En creux cela signifie qu’une seule modalité est moins performante, par exemple le discours oral isolé, tel le professeur qui parle devant ses élèves sans autre support.
  • L’attention est attirée sur l’extrême qualité de la présentation visuelle: tableau ou slides épurées, quelques mots, éventuellement un symbole ou une image.
  • Prévoir sur le TNI (qui est un merveilleux outil à cet égard) des mots-clés, des schémas-supports, des phrases de synthèse qui accompagnent les explications. Mais limiter les informations pour ne pas créer de surcharge cognitive.

 

4ème axe : Mise en calme des esprits

Se poser : l’exercice permet aux élèves de se calmer en début de cours, de lâcher toute l’agitation du dehors (couloirs, récréation, etc.). A travers le silence imposé, chacun peut entrer dans la séance en étant apaisé.

  • L’atteinte du calme de la classe par chacun des élèves, est une condition préalable essentielle pour améliorer l’implication de tous et développer l’attention. Un peu de temps consommé pour en gagner beaucoup ensuite.
  • Des travaux scientifiques montrent que des exercices inspirés des techniques de méditation permettent le développement de l’attention. Certes ces pratiques sont encore peu répandues, mais elles se répandent rapidement et avec succès.
  • L’exercice a plusieurs vertus physiologiques:

. Travail sur les faisceaux neuronaux du contrôle de la pensée

. Relâchement des tensions musculaires

. Diminution de la pression artérielle et du niveau de stress

. Ces exercices peuvent être pratiqués en autonomie notamment en début d’évaluation pour se concentrer et diminuer le niveau de stress.

 

Comment s’y prendre ?

  • Même si les élèves ne suivent pas les consignes de l’exercice, deux règles sont imposées à tous :

. Mains libres à pendant l’exercice, on ne fait rien avec ses mains. Aucun élève ne feuillète son agenda, souligne son titre ou farfouille dans son sac.

. Aucune communication avec les autres à que ce soit par la parole, le geste ou le regard.

 

  • Déroulement:

Voici une proposition de texte à lire pour conduire l’exercice. Des commentaires à ne pas lire aux élèves sont précisés en (italique).

  1. Redressez-vous et fermez les yeux.
  2. Inspirez profondément par le nez et soufflez fort par la bouche 3 fois, chacun à son rythme.

(Ces respirations fortes ont pour but d’évacuer les tensions musculaires)

  1. Soyez attentif à la détente musculaire qui s’installe, notamment au niveau de la barre des épaules.

(Attendre un peu)

  1. Maintenant, inspirez et expirez par le nez mais lentement.

(Attendre un peu entre chaque phrase)

  1. Laissez la respiration agir d’elle-même, ne la forcez pas.
  2. Pendant que vous inspirez et que vous expirez, portez légèrement votre attention sur les points de contact de votre corps avec la chaise et le sol. Ressentez-les.

(Laissez un peu de temps de pratique)

  1. Si vous êtes distrait par une pensée, une rêverie, un souci, un souvenir, une émotion, essayez simplement de reporter votre attention sur votre souffle, sans jugement.

(Laissez un peu de temps de pratique)

  1. Et à chaque fois que vous êtes distrait par une pensée, ramenez simplement votre attention à votre souffle.

(Laissez 1 ou 2 minutes de pratique)

  1. Vous pouvez ouvrir les yeux.