Clés de la motivation scolaire de l’élève

Clés de la motivation scolaire de l’élève

La motivation relève de paramètres endogènes et exogènes, dont la frontière n’est pas simple à établir.

Si les sciences cognitives ne sont pas encore en mesure de poser des règles générales dûment confirmées, en revanche l’immense expérience accumulée depuis tant d’années d’enseignement permet de dégager des préconisations « qui marchent » :

  • Ce qui tourne autour de l’objectif proche, de son accessibilité avec un élan de dépassement, de défi : se sentir capable, disposer des moyens nécessaires, mais aussi des outils et des stratégies adaptées.
  • Etre clair avec les enjeux : qu’attend l’apprenant, à quel prix, quel contrat intime.
  • Disposer d’une rambarde de sécurité, dès le départ mais aussi tout au long du parcours. C’est une compétence qui s’apprend pour les éducateurs, et qui se met en œuvre grâce à des outils.
  • Mettre en place des horizons de sens, de l’attractivité, des conditions de valorisation et de récompenses symboliques ou matérielles. La dopamine est un fuel irremplaçable de la motivation !

L’enseignant a plus d’un tour possible dans sa besace pour construire et nourrir la motivation de chaque élève pris dans sa spécificité.

Tous les éléments de ce site doivent pouvoir y contribuer.

 

Développement

Il est fréquent qu’au terme d’une conférence sur les sciences cognitives de l’apprentissage, des participants soulèvent la difficile question de la motivation. Terme valise car sous-tendu par un nombre immense de paramètres. « A quoi bon, disent-ils souvent, mettre en place des techniques d’apprentissage optimales, si l’élève n’est pas motivé ? ».

Et ils ont raison. Du moins partiellement, car au-delà de considérations liées à la structuration très personnelle de chaque individu, existent dans la bonne adéquation entre le fonctionnement du cerveau de l’apprenant et les modalités pédagogiques, toutes les raisons de penser que la motivation aussi se joue sur cette adéquation ! A contrario, ne pas les mettre en place, c’est courir le risque de créer de l’amotivation.

Davantage que de motivation endogène dont l’origine se situe au cœur de la personnalité et de l’histoire de chaque élève, et dont l’explicitation sort du cadre de ce site et de la compétence de ses auteurs, nous présentons quelques axes de la motivation exogène sur lesquels l’enseignant a la main et dont l’application a fait ses preuves. Tout simplement et avec les réserves que cela implique.

La relation existe certainement avec les théories des sciences cognitives, desquelles nous les extrayons. Sans certitude de la confirmation de ces axes, donc avec prudence. Nous les citons car ils font leurs preuves et ils sont applicables à tous les élèves…

 

Autour du possible dépassement de soi

Pour l’élève, aborder et franchir les attendus posés par les programmes c’est :

  • Eprouver le sentiment d’accessibilité aux défis lancés. Car apprendre est une chaîne ininterrompue d’efforts et d’obstacles. Il n’y a pas d’apprentissage sans effort, et surtout d’apprentissage efficace. Et le défi fait partie de l’équipement de base de l’humain.
  • Un enchaînement paradoxal : la motivation est un moteur pour devenir « bon ». Mais l’apprenant est d’autant plus motivé qu’il est bon ! D’où la difficulté de construire et maintenir la motivation au long du parcours de l’apprenant, surtout de ceux qui sont potentiellement en difficulté.
  • A chaque étape de l’activité, l’élève doit sentir que surmonter l’exigence est possible pour lui. Se met alors en action une dynamique interne : « Un défi possible à relever, un cheminement pour le relever, le constat de l’avoir relevé, la récompense (intérieure ou venant de l’extérieur) d’avoir pu le relever ».
  • D’où la place de l’horizon de sens, trop souvent absent car si évident pour l’enseignant qui baigne depuis des années dans les tenants et aboutissants de sa discipline. Mais qui peut rester totalement mystérieux pour l’élève. Nous prenons souvent l’exemple suivant posé à des enseignants de mathématiques : Pourquoi apprend-on à tous les élèves de seconde à résoudre une équation du second degré, alors que ne se présente jamais dans toute une vie le besoin de résoudre une telle équation ? ». Bien peu d’enseignants savent répondre… Autre exemple, concernant les mérites du développement des capacités d’inhibition (transférables à tout acte de la vie quotidienne) cachées dans la rigueur d’un raisonnement mathématique. On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Ne nous étonnons pas d’entendre cette réflexion courante des élèves : « ce que je fais à l’école ne me sert à rien dans la vie », si préjudiciable à la motivation.
  • Une condition préalable est de poser un contrat clair avec l’élève: « Voilà ce qui est exigé, ce que l’on attend de lui, les difficultés susceptibles d’être rencontrées, le résultat à atteindre, là où il en est, le chemin à parcourir ». Il est alors psychologiquement prêt.
  • Une autre condition est de mettre à sa disposition les moyens pour y parvenir. D’où le rôle crucial de l’enseignant qui fournit :
  1. Les outils (un corpus de savoirs de base pour comprendre, des éléments théoriques, des méthodes pour traiter, des supports de mémorisation) ;
  2. Les stratégies: comment mémoriser, comment comprendre, comment s’éprouver sur des exercices, comment s’entraîner, comment se préparer aux contrôles.

Sans ces deux conditions fondamentales, l’élève court le risque de ne pas pouvoir relever le défi. La motivation s’en trouve brisée.

 

Les outils de la réussite

Placer chaque élève dans les meilleures conditions pour atteindre ses objectifs d’apprentissage est l’objectif même de ce site, par la voie d’une meilleure adéquation entre le fonctionnement du cerveau et les modalités pédagogiques.

 

  • Expliquer à l’élève comment son cerveau d’apprenant fonctionne, comment il est primordial de savoir pour comprendre, comment il peut mémoriser plus efficacement. C’est la première étape.
  • Lui expliquer, mais surtout mettre en œuvre des stratégies de mémorisation pour lui permettre de comprendre et réaliser avec succès les tâches qu’on lui propose. Des stratégies pour comprendre (comprendre s’enseigne), pour raisonner, pour juguler les faux réflexes et l’ancrage de croyances erronées, le multi testing, pour évaluer (EPCC), etc.
  • Pour cela construire et mettre à disposition les supports les plus efficaces (la mise en évidence des essentiels, les fiches de mémorisation, les paquets de flashcards pour les logiciels de mémorisation, etc.).
  • Familiariser et entraîner aux techniques qui fonctionnent: les cartes mentales, les auto-interrogations, les planifications d’apprentissage et de préparation aux contrôles, etc.

Tout faire, dans les modalités pédagogiques de tous les jours, pour ne pas créer de « l’amotivation ».

 

Fixer des objectifs proches

La motivation est souvent à visée courte. Pour l’attiser (surtout pour les jeunes), les objectifs doivent être non seulement accessibles, mais proches. Convaincre un élève que travailler à l’école est bon pour lui, car lui permettra d’avoir un bon métier plus tard, n’a jamais éveillé durablement sa motivation ! L’objectif à atteindre prend tout son sel dans la réussite du contrôle la semaine prochaine, le ressenti positif proche, une récompense morale ou matérielle dans les jours ou les semaines à venir.

 

Mesure individuelle de l’accessibilité : la question du départ

Par rapport à un objectif le plus souvent commun à tout un groupe, chaque participant démarre depuis une position différente : potentiel d’apprentissage, niveau de connaissances stockées en mémoires, état d’esprit (sens du défi, rapport à la difficulté, intérêt de l’objectif à atteindre).

Si dès le départ l’écart est trop important, l’apprenant éprouvera un sentiment faible de motivation.

D’où les questions pour l’enseignant :

. La mesure de l’écart entre l’état de départ et l’objectif à atteindre est-elle effectuée ?

. Qu’est-il mis en place pour réduire cet écart afin de placer le maximum d’apprenants dans des conditions favorables de motivation ? (Acquisition de prérequis, modules de mise à niveau, entretiens de motivation).

 

Accompagnement à l’accessibilité

Maintenir l’apprenant dans un esprit lui permettant de surmonter les difficultés et assurer l’effort nécessaire s’alimente tout au long du parcours de la tâche. C’est ensemble – parents, enseignants, éducateurs – que l’accompagnement s’effectue. Un déficit inévitable de motivation en cours de tâche peut entamer durement, parfois définitivement, la motivation. Chacun le sait, mais les indicateurs et autres signaux d’alerte susceptibles de prévenir les fêlures de motivation sont-ils mis en place, repérés et suivis d’actions ? A chaque moment du parcours l’accessibilité doit être ressentie comme possible. Des niveaux symboliques sont à surveiller avant que la démotivation ne déborde avec son lot de dégâts irréversibles.

Pour cela, quels feedbacks au long du parcours, quelles modalités de régulation ?

 

Y compris pour les non-matheux, ce bel exemple de motivation

  • Matheux ou non-matheux, adultes ou élèves, avez-vous déjà visionné ces petits bijoux de pédagogie que sont les nombreuses et captivantes capsules vidéos de Mickaël Launay, bardé de diplômes (ENS, agrégation, doctorat) qui a abandonné l’Institution scolaire pour se consacrer entièrement à la mise à portée de tous, de maints questionnements et savoirs mathématiques ? Nous vous recommandons ce petit détour curieux sur le Net (Youtube).
  • Mickaël partage aussi son temps avec des élèves de tous les niveaux et réussit régulièrement ce challenge d’éveiller en chacun non seulement le goût à comprendre des concepts dont beaucoup d’adultes disent qu’ils furent mystérieux voire repoussants dans leur jeunesse, mais la conviction que chacun est capable de comprendre, s’approprier et évoluer au milieu de ces concepts. Quelle merveille pédagogique !
  • Quel est en partie son secret ? L’horizon de sens, l’attractivité par l’énigme à résoudre, en général en groupe, le plaisir de dénicher des liens, la surprise et l’inattendu de constater que les mathématiques sont cachées dans la vie de tous les jours, que la lumière du pédagogue met à jour. A méditer dans toutes les disciplines.

Une mine d’idées pour démultiplier la motivation.

 

La résignation apprise

Bien connue des psychologues, cette posture destructrice et difficilement réversible se construit au fil de l’accumulation d’obstacles, échecs, notes médiocres. Elle est hélas souvent le fruit de l’organisation scolaire, traduite par les notes, les inévitables comparaisons, les remarques, les appréciations sur les bulletins, les orientations, qui toutes cumulées font leur œuvre. L’apprenant finit par être convaincu « qu’il n’est pas capable » (de comprendre une langue étrangère, d’être bon en maths, de bien dessiner, …).

Ce conditionnement pédagogique sournoisement construit, parfois même sous couvert de bonnes intentions, peut certainement se renverser au prix de modifications de pratiques, et d’habiletés psychologiques.

 

La motivation extrinsèque par les éducateurs, s’apprend

Accompagner pour entretenir la motivation, comme on entretient un feu, tant dans sa mise en place initiale, qu’au fil du temps, relève de compétences qui s’apprennent : lectures, stages-établissement, groupes de réflexion, expérimentations.