Classe mémento au collège d’Ermont

Classe mémento au collège d’Ermont

Contexte  

L’établissement se situe en région parisienne et accueille des élèves de milieux sociaux contrastés, dont un assez grand nombre en difficulté.

Cette expérimentation s’inscrit dans le nouveau socle commun, en particulier dans le deuxième domaine « Les méthodes et outils pour apprendre ».

Elle fait partie des expérimentations de « Cogni’Classes » que nous conduisons depuis deux ans dans différents établissements. Cette classe a démarré en début d’année scolaire 2015-2016, et se poursuit en 2016-2017. Elle a donné lieu en 2016 à un article dans la revue des Cahiers Pédagogiques.

 

Comment est né le projet ?     

A la suite d’une intervention de sensibilisation sur les apports des sciences cognitives dans l’apprentissage, une équipe d’enseignants a eu envie de mettre en place une classe de 6ème « Mémento ». Les élèves qui la composent ont été choisis au hasard.

Devant les difficultés chroniques des élèves dès leur entrée en 6ème, la classe a été montée dans l’objectif d’améliorer les compétences des élèves et leurs méthodes de travail.

Les conditions pour un lancement de qualité ont été :

  • Le soutien actif de la Principale du collège, qui a facilité l’organisation de la conférence d’information en fin d’année scolaire précédente, et constitué l’équipe pédagogique impliquée presque au complet dans l’initiative.
  • Un intérêt fort des enseignants concernés pour les sciences cognitives de l’apprentissage.
  • L’accord sur plusieurs pistes communes de travail adaptées par la majorité des enseignants de l’équipe. (cf. plus bas)
  • Une excellente coordination, avec la contribution de la professeure-documentaliste et d’une assistante d’éducation qui sont très actives dans les séances d’accompagnement personnalisé.

Un stage d’établissement « Sciences cognitives et apprentissage » s’est déroulé sur une journée pour une quinzaine d’enseignants par deux formateurs habilités par l’Académie de Versailles, et membres de notre équipe. Puis une demi-journée complémentaire en fin d’année scolaire.

 

Les modalités mises en œuvre   

  • Les axes retenus par l’équipe sont :
    • Les fiches de mémorisation active
    • Le sac à souvenirs de réactivation collective (description ci-dessous)
    • La formation des élèves à leur métacognition, et l’entraînement
    • Le multi testing
    • Les configurations en îlots
    • La construction de cartes mentales
    • L’utilisation du système de flashcodes Plickers pour interrogations collectives instantanées
  • Les fiches de mémorisation active comportant les éléments essentiels des cours présentés sous forme de questions/réponses en regard, permettant à l’élève de mieux mémoriser en s’interrogeant ; ces fiches sont intégrées dans le cours et permettent de mettre les essentiels en évidence ; les élèves en sont demandeurs : ils apprennent mieux et plus vite. Mieux encore, il arrive aux élèves de participer à leur construction.
  • Le sac à souvenirs (qui a été réalisé avec un pantalon jean !), contient des cartes de questions/réponses (recto/verso) que chaque professeur introduit après chaque cours, et qui reprennent les connaissances présentes dans les fiches de mémorisation. Le sac à souvenirs reprend le principe de la réactivation répétée dans le temps, nécessaire à la consolidation des connaissances à long terme.
  • Les cartes de la semaine 1 se retrouvent dans le sac en semaine 3, 7 et 14, en plus des cartes de la semaine en cours. Cela permet d’éviter les effets de l’oubli. Pour se repérer, il est mis des gommettes de couleur sur les cartes, dont la couleur change toutes les semaines. Au début de chaque cours, les élèves sont interrogés sur deux ou trois cartes tirées au sort par le professeur et écrivent leurs réponses sur leurs ardoises (des tests ont été tentés avec succès, avec la technique PLICKERS).
  • Cette étape ne doit pas excéder cinq minutes. L’enseignant pose rarement des questions de sa discipline, puisque les cartes de toutes les disciplines sont mélangées. Le sac à souvenirs est devenu un véritable rituel de la classe : les élèves le réclament !
  • L’accompagnement personnalisé « mémento » : afin que les élèves acceptent ces outils, il a semblé nécessaire de les impliquer et de leur faire comprendre la démarche. Il a été inclus dans leur emploi du temps une heure d’accompagnement personnalisé supplémentaire, pour qu’ils prennent conscience du fonctionnement de leur cerveau, leur apprendre les méthodes de mémorisation et des habitudes de travail.
  • Le multi-testing une fois toutes les 6 semaines, afin de mesurer où en sont les élèves dans leur apprentissage. Il est rappelé que le test sert à la fois de contrôle de l’avancement des acquis, de repère pour l’élève, et d’activité d’apprentissage. Toutes les matières sont représentées. Un test de fin d’année sera effectué avec toutes les autres classes de sixième comme témoin d’expérience. La technique du feedback proche transforme ces tests en séquences de mémorisation.
  • Des configurations « en îlots » permettant aux élèves de travailler par tout petits groupes, avec ou non des objectifs identiques, accroissant la possibilité de différenciation pédagogique.
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  • Explication aux élèves sur le fonctionnement de leur cerveau d’apprenant. Un film d’animation « Vice-Versa » a été visionné sur la mémoire. Puis une activité d’appropriation active a permis à tous les élèves de mieux comprendre comment apprendre différemment et plus efficacement.
  • Est-il possible d’avoir le lien vers cette vidéo ?
  • Construction de cartes mentales, dans trois disciplines (Lettres, SVT, Technologie), pour aider à faire sens et à mémoriser. L’activité est collective. Le sac à caractéristiques, permet sous forme de schéma de rassembler toutes les caractéristiques ou propriétés associées à un concept. Cette technique améliore la visualisation d’ensemble et la rétention.
  • L’interrogation par les cartes PLICKERS permet de rendre les élèves très réactifs et impliqués, et au professeur de prendre la mesure en temps réel de la connaissance acquise.
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Les constats qualitatifs   

  • Un accroissement net de l’autonomie des élèves, qui ont progressé dans leur façon d’apprendre ;
  • Un effet très net sur le climat de la classe, agréable et n’ayant vécu que très peu d’incidents scolaires, et une motivation moyenne certaine ;
  • Un niveau de performance un peu supérieur à celui des autres classes de sixième (le niveau des autres classes a baissé, contrairement à cette classe) ;
  • L’envie pour l’équipe de poursuivre l’expérience qui devient une nouvelle façon de travailler admise par beaucoup, avec un réel effet « tache d’huile » ;
  • Les outils numériques ont du mal à suivre les besoins de l’expérimentation !
  • Plusieurs activités dont la dimension bien que très pédagogique, revêtent un aspect ludique permettent d’accroître la motivation et le plaisir.

 

Pour conclure   

  • Les élèves souhaitent vivement poursuivre ces pratiques l’an prochain ; même si tous les élèves n’en ont pas encore bien réalisé le bénéfice ; en leur absence il est à peu près certain que plusieurs élèves auraient décroché ;
  • Les professeurs comptent bien poursuivre l’expérience en mesurant plus précisément les effets induits et en cherchant à en évaluer l’efficacité ;
  • La Principale souhaite étendre ces pédagogies le plus largement possible dans l’établissement.

 

Et en 2016-2017  

Les principes de base ont été poursuivis.

Cependant, l’arrivée de la réforme du collège n’a pas permis d’affecter pour la classe l’heure hebdomadaire qui permettait de réaliser plusieurs activités (information des élèves, mémorisation, bilans, etc.).

L’équipe ayant été modifiée, il s’est avéré difficile d’impliquer « artificiellement » de nouveaux collègues dans ces pratiques nouvelles.

Conclusion : Fédérer une équipe autour de plusieurs axes communs ne va pas de soi ! Le stage établissement suivi en 2015-2016 a été l’acte fédérateur, le ciment de l’équipe. Et un peu de temps est indispensable pour réaliser ce « petit plus » permettant de parachever le projet avec les élèves.

Cependant les enseignants impliqués ne sont prêts à abandonner des pratiques « qui marchent » !

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole