Cartes mentales, outils de mémorisation

Cartes mentales, outils de mémorisation

Les articles vantant les mérites de la carte mentale, véritable outil d’organisation des informations sont légions. A la fois outil de créativité, d’organisation de la pensée, véritable stimulateur cérébral, on dit aussi qu’elle favorise la mémoire…à long terme, cela va de soi.

Mais comment ?

 

Objectif : mémoriser à long terme

Nous avons tous réalisé des fiches de révision sur papier Bristol, écrites en  « pattes de mouches », de façon linéaire, ressemblant à notre cours mais en condensé. Certes, réaliser ces fiches participe au démarrage du processus de mémorisation mais ne favorise en rien la mémoire à long terme, car nous savons que la relecture ne permet pas de mémoriser.

En revanche, créer sa carte mentale en guise de fiche de révision c’est faire appel à sa capacité de synthèse, donc à identifier les idées maîtresses du cours, les mots clés et à les mettre en relation.

De là à faire le lien avec l’organisation systémique du cerveau, il n’y a qu’un pas.

Pour autant,  la carte mentale ainsi réalisée, le travail de mémorisation ne fait que commencer.

C’est Hermann Ebbinghaus qui démontre que sans répétition la probabilité de se rappeler une information diminue très vite.

 

En pratique : Ancrage, interrogation, réactivation  et consolidation

Jour 1 : 

Le cours se déroule.

Il est demandé à l’élève, soit durant une séquence en classe, soit au titre d’exercice à faire à la maison, de créer la carte mentale à partir du cours, au plus proche possible du cours. C’est l’étape d’ancrage de la trace mnésique initiale et de synthèse.

Jour 2 : 

Auto-interrogation.

L’élève prend une feuille blanche et tente de reconstituer sa carte mentale. Le premier principe d’interrogation relève de la mémorisation active. Il manque des éléments, c’est tout à fait normal. Cet exercice permet de visualiser tout de suite ce que l’élève sait, ou plus précisément ce qu’il est en train de graver dans sa mémoire, et bien sûr ce qu’il a déjà oublié.

Il complète sa carte en portant aussitôt une attention particulière aux idées maîtresses et aux mots clés oubliés.

C’est le deuxième principe de la mémorisation efficace : le feedback immédiat. 

Jours ultérieurs : 

Le temps fait son œuvre : c’est le troisième principe de la mémorisation : le cerveau apprend lorsqu’il n’apprend pas ! L’élève laisse décanter, le processus de consolidation s’opère naturellement et notamment pendant le sommeil. Et en même temps il oublie, c’est ce qui est paradoxal. Il y a simultanément construction dans la cohérence, et estompage.

Jour ultérieur : 

Consolidation mnésique par réactivation.

L’élève se réinterroge en partant d’une feuille blanche, se rend compte que les résultats sont meilleurs que le jour 2, mais que des oublis peuvent apparaître. Le travail de réactivation par l’interrogation favorise la consolidation.

Plus tard :

Poursuite de la consolidation.

C’est le quatrième principe de la mémorisation : il faut reprendre plusieurs fois, en s’autorisant des écarts de temps de plus en plus grands, pour acquérir à terme un ensemble de données.

 

Commentaires

  • La carte mentale réunit les principes vertueux de la mémorisation
    • Individualisation : chaque élève construit ses propres cartes mentales
    • Ancrage des données par établissement de liens
    • Mémorisation active : l’élève produit en s’interrogeant, il ne relit pas mécaniquement son cours, comme il pourrait le faire en relisant ses fiches
    • Feedback immédiat : l’élève vérifie immédiatement l’exactitude des données et les manques
    • Reprises : la carte mentale est efficace dans le temps lorsqu’elle est reconstruite dans le temps autant de fois que nécessaire
    • L’utilisation de dessins, symboles, couleurs et signes, permet d’installer des indices de récupération. C’est le cinquième principe de mémorisation.
  • Une nouvelle manière d’apprendre, d’installer. Tous les apprenants n’adhèrent pas à cet outil qui pour certains est trop synthétique, ou ne correspond pas aux habitudes de révisions et d’apprentissage. Les séances d’Accompagnement Personnalisé sont une belle opportunité pour apprendre aux élèves à apprendre de cette façon. Quelques séances peuvent avec profit être consacrées à cet entraînement.

 

Réalisation

Attention, la carte mentale étant la représentation personnelle de notre compréhension d’un sujet, il est fortement conseillé que la carte mentale soit faite par l’apprenant lui-même et à la main en la personnalisant avec des dessins, des acronymes ou des signets, c’est le principe des indices récupérateurs.

Pour autant cet outil sert aussi à l’enseignant qui peut, soit conclure sa séance en faisant une carte mentale avec ses élèves pour revenir sur les points essentiels en guise de premier ancrage, mais aussi en début du cours suivant, en guise de réactivation des notions vues précédemment.

L’utilisation de la carte mentale est courante en pédagogie pour les matières dites académiques, en parallèle des matières plus pratiques faisant appel à la mémoire procédurale demandant d’autres postures pédagogiques tel que le drill.

Pour parfaire le processus, il serait intéressant d’élargir l’utilisation de cet outil à l’enseignant au moment de la création de son cours. En effet, formaliser son discours à partir d’une carte mentale incite l’enseignant à dispenser son cours sous le même schéma (idées maîtresses, points clés), à aller à l’essentiel (moins mais mieux), ce qui ne veut pas dire qu’il ne doit pas illustrer ses propos, mais de fait l’apprenant discerne plus vite l’essentiel de l’accessoire.

 

Schéma d’une carte mentale

 

Relation entre les cartes mentales et le fonctionnement du cerveau

Il y aurait donc une relation directe entre le Mind Mapping et la mémoire de travail ?

On peut, entre autres, souligner deux caractéristiques de la mémoire de travail, qui permettent au sujet de rassembler les idées et les ordonner, en général pour accomplir une tâche.

  • La première est sa capacité limitée, que l’on nomme « empan mnésique » dans le jargon. Pendant un intervalle de temps court, le cerveau est incapable de retenir à l’esprit plus de 5 à 9 informations distinctes. Cela veut dire qu’au-delà, il est submergé, il fait des choix, il élimine, il ne peut pas prendre en compte tous les arguments. D’où l’intérêt de rassembler sur un support matériel l’ensemble de ces éléments d’un coup d’un seul, de façon heuristique.
  • La deuxième est relative à la compréhension. Comprendre, c’est faire des liens. Entre les éléments nouveaux d’un part, et ceux que le sujet possède en mémoire, d’autre part. Mais aussi entre tous les éléments. Plus le cerveau fait de liens, plus il comprend les interactions au cœur d’une même problématique, plus sa capacité de rétention mnésique, c’est-à-dire de mémorisation va être grande. En établissement des liens, on accroît l’efficacité de la mémoire de travail.

Le Mind Mapping permet donc à la fois de disposer d’une organisation d’ensemble de tous les éléments relatifs à une même problématique, et d’en construire les liens les plus intéressants. On comprend mieux et on retient mieux.

Existe-t-il d’autres vertus du Mind Mapping, que l’on pourrait relier à ce que l’on sait du fonctionnement du cerveau ?

Oui, bien sûr, moins évidentes a priori, mais qui ont leur importance.

L’une est de l’ordre des capacités visuelles et de représentation d’images mentales. Physiquement avec notre œil, nous ne pouvons visualiser dans l’espace qu’un angle très petit. Pour se représenter un grand diagramme ou un long texte, l’œil est contraint de sauter par saccade, et tenter de retenir toutes les images partielles pour en reconstituer l’ensemble. Or on le sait, sa capacité est limitée. Le Mind Mapping est donc grandement facilitateur car il permet à l’esprit d’avoir devant soi l’organisation compactée du maximum d’informations, avec leurs liens.

L’autre est de l’ordre de la hiérarchisation. Identifier et classer un grand nombre d’informations est quasiment impossible à réaliser par le cerveau seul. Certes, un texte peut le faire. Mais l’imagerie est plus puissante par une carte d’ensemble.Rajouter à cela l’aide par le croquis et le symbole, car l’humain depuis la nuit des temps, est très visuel, ainsi que les couleurs qui permettent de nuancer, comparer, associer les éléments entre eux.

 

©Equipe Sciences cognitives, Comment Changer l’Ecole